textes et études sur la Grande Guerre au quotidien

la Grande guerre peut être écrite à travers les écrits de poilus.
Voici des textes dont la problématique et la réflexion se sont appuyées sur l'étude de lettres de poilus ; de l'Ain et des Bouches du Rhône, pour l'essentiel.

Ces travaux ont été menés dès 2008, pour les 90 ans de la fin de la Première Guerre Mondiale, dans l'Ain, et en 2014 pour le centenaire du début de la Grande Guerre dans les Bouches du Rhône.

Ils ont donnés lieu à des publications et des conférences :

  • La Grande Guerre des poilus de l'Ain, vie et survie de l'arrière au front, conférence de Jérôme Croyet, docteur en histoire, au Musée de la Bresse, le 19 septembre 2009.
  • les poilus de l'Ain, la Dombes durant la Grande Guerre, conférence de Jérôme Croyet, docteur en histoire, à la mairie d'Ars sur Formans le 10 novembre 20011
  • La Grande Guerre des Poilus de l'Ain au quotidien par Jérôme Croyet aux annales de la Société d'Emulation de l'Ain en 2011 disponible sur http://patrimoine-des-pays-de-l-ain.fr/publier/626-nouvelles-annales-de-l-ain-2011
  • les régiments de l'Ain en 1914 par Frédéric Lainé et Martial Zanetta, bulletin hors série de Mémoires de l'Ain disponible auprès de l'association mdla39-45@orange.fr
  • les régiments de l'Ain en 1915 par Frédéric Lainé et Martial Zanetta, bulletin hors série de Mémoires de l'Ain disponible auprès de l'association mdla39-45@orange.fr
  • 1916, l'année terrible racontée par les Poilus de Provence, par Jérôme Croyet, docteur en histoire, in Histoire La Provence n°4 en 2016 disponible sur http://boutique.laprovence.com/la-provence-histoire-maijuin-2016-xml-283-1046.html

le service militaire sous la IIIe République

La loi du 21 mars 1905 qui ramène le service militaire à deux ans et supprime les dispenses. Les étudiants et les soutiens de famille peuvent obtenir des sursis. Cette loi reconnaît pour la première fois l'universalité et l'égalité des obligations militaires, supprimant le tirage au sort.
Avec cette loi, l'idéal révolutionnaire du citoyen-soldat devient une réalité au sein d'une relation Armée-Nation, en incorporant chaque année plusieurs centaines de milliers de jeunes gens nés ou devenus français. L'application de la loi de 1905 se situe dans un contexte de renouveau de l'idée patriotique et de l'idée militaire, car, fort des enseignements de la guerre de 1870 et de l'impréparation de l'armée impériale, les crises de Tanger (1905) et d'Agadir (1911) posent la question des capacités de l'armée à défendre le territoire national contre la Prusse.
Dans les Bouches-du-Rhône, où la présence d'une communauté italienne est forte, chaque année, la naturalisation automatique, en vertu de la loi du 26 juin 1889, rend Français quelques
centaines de fils d‘Italiens. Ainsi, en 1909, 4 264 fils d'étrangers sont incorporés dans l'armée française, en augmentation de 562 sur 1908. Le département des Bouches•du-Rhône fournit le plus gros contingent de 925 conscrits, presque tous Italiens, suivi par la Seine et les Alpes Maritimes avec 680 et 472.
Au XIXe et au début du XXe siècle, l'arrondissement d'Aix, ainsi que les Bouches-du-Rhône, connait un net accroissement de sa population, passant de 87 494 habitants en 1821 à 118 071 habitants en 1911, le canton de Salon comptant 22 255 habitants.
A compter de la classe 1908, les appelés du contingent sont répartis au minima à deux par régiment, afin de maintenir un cohésion.
En 1902, le contingent de conscrits des Bouches-du-Rhône ne compte que 187 illetrés et 248 en 1906.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

la mobilisation des hommes et des moyens

La mobilisation générale est décrétée le 1er août 1914. De 11h 54 et 18h 14, le 23e RI de Bourg, caserné à Brouet, prend le train pour Remiremont où il arrive le 2 avant d'être déployé en opération le 13. A la gare de Bourg, ce sont près de 2000 personnes se pressent pour soutenir les soldats en criant « Vive la France ». Dès le 2, les hommes rejoignent les casernements des 23e et 133e régiments d'infanterie à Bourg ou à Belley, dans lesquels servent la grande majorité des conscrits de l'Ain, en vertu du système des régiments de paÿs mis en place sous le 1er Empire. Les mobilisés de la réserve de l'armée d'active sont incorporés au 223e RI qui se forme à Carriat et au séminaire de Brou pour être déployé dès le 26 août. Les mobilisés de l'armée territoriale entrent au 55e RIT qui part lui aussi de la gare de Bourg pour Belfort le 5 août 1914, à 10h 20, sous l'œil de l'appareil photo du chapelier Segaud. La gare devient dès lors le lieu de passage obligatoire des soldats qui partent et de ceux qui arrivent, créant beaucoup d'animation dans le quartier. C'est ainsi, en l'espace de quelques jours la presque totalité des hommes en état de travailler qui quittent leur foyer, laissant champs, entreprises et boutiques à la gestion des parents ou de leurs épouses.
Si des soldats partent, d'autres ne tardent pas à revenir du front où « beaucoup de travail, malades dociles soignés au son du canon, vie agréable, soirées charmantes, c'est parfait » écrit l'ambulancier Fournier à mr Dedienne demeurant 12 rue de la Liberté, d'Epinal. En effet, rapidement, un premier train de 150 blessés arrive en gare et sont répartis entre Saint Joseph, le lycée de Jeunes filles et l'hôpital. Afin de nourrir et d'aider les plus nécessiteux, un poste alimentaire de la Croix-Rouge est installé à la gare de Bourg, vers le buffet au printemps 1915.

Ce sont près de 3 600 000 hommes qui se retrouvent sous l'uniforme en l'espace de quelques jours. Parmi eux 2 500 000 réservistes. La ferveur est à son comble et le moral au beau fixe. Pour les contemporains, la guerre sera courte et pour les politiques de l'Ain « le flot russe brise la ligne est de l'Empire barbare. On va vers la victoire » . Parmi les 2 500 000 réservistes mobilisés, ceux qui appartiennent aux classes 1887 à 1898 constituent l'infanterie territoriale. Les régiments territoriaux de l'Ain sont le 55e et le 56e régiments d'infanterie territoriale. Pour les soldats qui entrent dans cette catégorie la chance leur sourie : « ma classe nira pas au feu » , provisoirement car ils seront dissous en 1916 et les hommes envoyés dans des unités combattantes.
Fin 1916, l'armée française compte 114 divisions pour 2 881 400 soldats mobilisés dont 1 477 000 fantassins.
Au fur et à mesure de l'enlisement du conflit et de la mécanisation de l'armée, les soldats de l'Ain ne sont plus seulement au 23e, au 133e ou au 44e de Lons mais sont largement disséminés dans différents régiments et armes au gré des nécessités. Malgré cet éclatement, durant tout le conflit, la notion d'appartenance à l'Ain reste très ancrée chez les soldats. Lors du passage d'un bataillon, on cherche les gars du paÿs et c'est avec eux que l'on partage le peu ou avec qui on se réuni en priorité : «c'est aujourd'hui la Saint-Vincent…nous allons souper à l'hôtel de Paris. Nous sommes une douzaine à table, tous de l'Ain et des environs » . En certains cas, cette notion de territoire, fraternelle, a des conséquences matérielles non négligeables : « un bataillon du 56e territorial vient chercher de la viande. Il n'en a pas de prévu. Je lui donne ce qu'il me reste 135 kg parce que c'est des soldats de l'Ain » .
Avec l'entrée en guerre de l'Italie et du Portgual, l'Ain se trouve territoire de mobilisation pour les émigrés. Le 3 janvier 1916, le vice-consul du Portugal à Lyon invite les portugais résidant dans l'Ain à se présenter au consulat, sous peine d'être considérer comme réfractaires. Le 10 janvier 1916, le Consolato General d'Italia averti de le préfet de l'Ain de publier « l'appel général sous les drapeaux…de tous les districts militaires du Royaume appartenant aux classes et armes suivantes : 1882 – 1883 artillerie lourde campagne, 1882 – 1883 – artillerie de côte, 1887 – 1888 – artillerie à cheval » .

Durant la Grande Guerre près de 800 000 hommes des troupes coloniales et 200 000 travailleurs coloniaux sont mobilisés. Les tirailleurs sénégalais sont tous les militaires provenant des territoires de l'Afrique Française. Aguerris et entraînés, ils sont engagés dès les premières batailles et se battent avec ardeur malgré des conditions climatiques dures et la distribution exceptionnelles de chaussettes et de lainage. Les seuls dotés de machettes et habillés en kaki, ils se font rapidement craindre par les Allemands. De leur côté les tirailleurs algériens et marocains ne sont pas en reste de courage et le 1er régiment de tirailleurs marocains qui sera après guerre en garnison à Bourg reçoit des Allemands le surnom d'Hirondelles de la Mort. Si jusqu'à la fin de 1914, le passage d'une « compagnie de nègre » est un événement à ne pas manquer pour les poilus de l'Ain, rapidement, malgré la différence de couleur de peau et un vocabulaire dénué de xénophobie ou de racisme, les poilus ne font plus de différence entre eux et les coloniaux. Au contraire, ils rendent hommage à leur courage et ne considère le bleu horizon que comme la seule couleur et la seule valeur humaine et viril.

Hormis les hommes, les chevaux et les mulets aussi sont mobilisés. Dès la fin 1914 il ne faut plus des chevaux de guerre mais des chevaux solides et infatigables pour charrier et tirer : l'armée en utilise alors 600 000. Rapidement, même si la cavalerie montée disparaît, le manque de chevaux se fait sentir, il faut alors en importer des Etat-Unis et d'Argentine et les rendre rapidement apte au service. Pour ceci une méthode de dressage rationnelle, intelligente et respectueuse de l'animal est mise au point à Lyon en 1916. 1 880 000 chevaux et mulets sont mobilisés entre le 31 juillet 1914 et le 11 décembre 1818. Compagnon de guerre, le cheval, partageant les souffrances de la guerre, est alors humanisé par leurs frères d'armes humains et par les soins qu'ils requièrent. 6 473 862 entrées de chevaux aux infirmeries sont enregistrées durant la guerre et 758 507 meurent à la guerre soit 80% de l'effectif global.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

la famille et ceux laissés

La Grande Guerre est le premier conflit que la modernité marque son empreinte, alors que la Guerre de 1870 était la première guerre moderne. La Guerre développe à l'arrière, chez les civils, une culture de guerre que le poilu ne connaît pas. Toute une économie se met en route grâce à la guerre. Cette économie vise le soldat du front par l'intermédiaire de sa famille et des colis qu'elle lui envoi avec des pulls de chez Corsain ou des subsistances.
Dans cet abandon de soit, le poilu a tendance à se faire plus de soucis pour la famille que pour lui : « tu me dis de ne pas me tourmenter mais que veux tu s'est la misère que vous avez làs-bas » ; « je me fais une idée de ce que tu dois être peiner a la maison, avec ces trois petites et tout le travail qu'il y a. Tout cela m'ennuie plus que toutes les misères donc je suis assugeti » . Toutefois, avec la dureté des conditions de vies à l'arrière avec la mise en place du rationnement, certains poilus ne supportent plus les plaintes sans cesse répétées des civils sur leurs conditions de vie. Dès le mois de février 1917, un vent de grogne souffle au 23e RI, surtout envers l'arrière urbain et le monde du capital et du « pognon ». Les hommes du 23e RI en font une chanson dans les tranchées appelée le Plateau de la Fontenelle. Il arrive cependant que de l'arrière des bonnes nouvelles arrivent jusqu'au front et redonnent un sens humain à la guerre : « un caporal de mes amis recoit une dépêche qu'il vient d'avoir un beau garçon. De ce fait arrosage du garçon au vin blanc, biere, rhum, etc… Resultat moitiés des convoyeurs pleins comme des cochons » .
La guerre est un moment de non pudeur où l'on dévoile ses sentiments sans retenue, aux « bons baisers » , se succèdent sans retenue les « ton fils qui t'aime » , « bons baisers à tous » . Dans ces déballemments salutaires de sentiments, le lien au père joue un rôle particulier chez les jeunes soldats : « ton fils qui t'aime » .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

le soldat de l'été 1914 : le piou piou

Le soldat de 1914 n'est pas encore le Poilu mais le Piou-piou. Dans l'infanterie, il est caractérisé par son képi et son pantalon garance auquel les généraux tiennent beaucoup, car il était déjà porté en 1870 . Le Piou-piou est une image de la masculinité de la Belle-Epoque mise en place par les codes sociaux où l'activité physique est considérée comme indispensable, « dénonçant les effets néfastes du surmenage et de l'inactivité, [dans] le contexte nationaliste et revanchard [qui] contribue à orienter les efforts vers la préparation du futur soldat. Les sociétés gymniques, dont le développement est considérable entre 1870 et 1914, ont ainsi pour mission d'effectuer le relais entre l'éducation physique scolaire et l'armée » .
Très rapidement, la mobilisation touche aussi le matériel. Face à l'afflux d'hommes mobilisés et la perspectives de l'allongement du conflit, le 24 octobre 1914, le ministre de la Guerre demande « qu'en attendant que tous les militaires présents sous les drapeaux aient pu être doté ed tous les effets réglementaires d'uniforme, il convient d'utiliser dans le plus large mesure possible les ressources locales de chaque région » . Ce que les allemands appellent l'erzats vient de faire son entrée dans l'armée française. En effet, outre la pérconisation de fabriquer des vêtements du dessous en étoffes de toutes sortes, l'uniforme ne l'est plus. En effet, il est toloré que le piou-piou en phase de devenir un poilu porte un pantalon bleu (ou un rouge recouvert d'un bleu), de bandes molletières ou de petites jambières de cuir ou te toile et une veste en drap quelconque de bonne qualité. Le seul effet qui reste uniforme est la capote et le képi. Pour économiser l'usure des vêtements, les hommes des dépôts sont habillés de vêtements d'occasion , le neuf étant réservé aux soldats du front. Cela se joue aussi sur des détails. Ainsi les hommes du dépôts perçoivent des tuniques, les vestes étant réservées à la tenue de campagne. Cette mesure est applicable dans la 15e région militaire dès le 29, sauf pour les chasseurs alpins qui continuent de percevoir leurs effets bleu foncé. Toutes les autres distributions d'effets ne le sont qu'à titre exceptionnel jusqu'à la « confection des vestes et des pantalons » prescrits.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

le soldat français : le poilu

Le poilu est le surnom donné au soldat français à cause de sa barbe hirsute et de sa capote en drap de laine modèle 1915, portée pour partir au front à la mi-1916. Il est coiffé du casque Adrian dont l'adoption est un événement photographié au 23e RI, d'un pantalon en drap de laine, des bandes molletières, des brodequins, un étui-musette, une musette, un ceinturon modèle 1903/14 et ses bretelles de suspension modèle 1892/1914, un masque à gaz M2, trois cartouchières modèle 1905/14, une baïonnette-épée modèle 1888/1914 dite Rosalie, un bidon de deux litres, sur son havresac dit As de Carreau, qui contient ses vêtements, se trouve la couverture, la toile de tente individuelle modèle 1897, qui maintenu par des cordelettes au cou et à la taille forme un poncho imperméable, des piquets, des brodequins de rechange, la gamelle individuelle, un outil collectif (hache, pelle-bêche, pioche, serpe ou cisaille). Une fois totalement équipé et prêt à monter en premières lignes, le fantassin perçoit un supplément de munitions, des grenades et des vivres frais. L'artilleur et le sapeur du Génie, s'ils ont le même uniforme, touchent un fusil plus court, adapté à leur fonction .
Pour beaucoup de soldats de l'Ain, la guerre leur permet de découvrir de visu les autres belligérants alliés, vus jusque là sur les images de l'Illustration ou sur les cartes postales : « j'ai put admirer les troupes anglaises…on ne distingue pas de régiment, ils sont tous habillés la même chose de couleur kaki comme à grande casquette…leur équipement est tout en toile pour les galons ils sont de la couleur de l'habit un peu moins foncée, comme tenue militaire elle imiterait un peu la tenue Allemande, à part les Allemands ont les casques à pointe et les bottes et la nuance de leur habit plus grise. Les anglais sont plus propres et plus élégants que nous » . Plus tard ce seront les Américains, qui d'abord pris un peu pour des gardiens de vaches se révèleront être si efficaces et redoutables que figurer avec un Sammies sur une photo est un grand honneur .
Si la photographie du camarade dans son uniforme présente l'ami-soldat, elle traduit une fonction au détriment de l'individu. Ainsi c'est derrière la dépersonnalisation de l'uniforme, du combattant, qu'il faut retrouver l'individu avec son histoire.
L'environnement et les conditions des combats font naître un esprit commun entre les hommes qui vivent la même galère et ou l'entraide devient une nécessité : « tout va bien, je pars sans frayeur aucune, ayant avec moi, des amis, qui m'apprendront la guerre » . Cet esprit commun n'a pas de frontière, que ce soient les Anglais, les Russes puis les Américains, « le goût de la tranchée » leur octroi à tous le même statut, celui de Poilu.
Les nouveaux venus attirent toujours un peu l'attention des anciens qui, au bout d'un moment, forment une caste respectée . En effet, les nouveaux qui ne connaissant rien au combat et à la vie à la guerre sont remplis de questions et d'interrogations faisant part de leurs doutes et leurs craintes même si certains sont parfois trop fébriles au goût de ceux qui sont déjà là : « il arrive…un train complet d'artilleur…qui vient de Poitiers, ils nous font remarquer que l'on entend pas le canon…ils ont assez le temps de l'entendre les pauvres » .
De cette souffrance commune, naît, des mêmes faits, un esprit de camaraderie entre les poilus, avec les alliés et même avec les poilus allemands, car ils ont tous comme point commun de vivre un enfer quotidien. Cet enfer, lorsqu'il n'est pas vécu directement reste présent et le poilu a de l'empathie pour celui qui souffre plus loin : « je plaint ceux qui se battent à Verdun ou dans Somme » écrit Monet à sa femme à Leyment le 7 août 1916 ; « tous ces soldats qui vont à la boucherie chantent comme au départ de la mobilisation » écrit Joseph Suchet dans son journal le 28 février 1915.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

l'univers du poilu : la tranchée

Les premières tranchées apparaissent à la fin de l'année 1914. D'abord simple fossé défensif, elle est rapidement acceptée par les Allemands mais considérée comme provisoire par les Français. Le boyau, fossé sinueux qui débute par une puis deux marches dans le sol, est l'entrée de l'univers de la tranchée : c'est par lui que l'on arrive et que l'on repart de la première ligne. Cette univers clos et exigu est rapidement perçu comme une tombe pour vivant par les poilus de l'Ain « je vous quitte, il faut se terrer à nouveau » .
Les tranchées sont protégées par un réseau de fils de fer barbelés, qu'il faut remettre en état lors de corvées de nuit redoutées : « Je te dirais qu'on est de sentinelles de jour et de nuit, c'est pas drôle, et dans la journée il faut encore boulloner » .
Cadre de combat, la tranchée devient cadre de vie ou la promiscuité et l'enfermement, dures, crées les liens d'une camaraderie et d'une fraternité incompréhensible pour les civils et ceux de l'arrière. La tranchée devient un cauchemar lorsqu'« il pleut…heureusement que j'avais, ma veste en toile cirée, les tranchées sont pleines de boue, la terre d'ébarle de tout côté, on est dans l'eau jusqu'au genoux, un de mes camarades perd un de ses souliers dans la boue » . Car, autant voir que le terrain, les conditions climatiques auxquelles les poilus accordent beaucoup d'importance, dictent leur vie quotidienne : « je te dirais que le mauvais temps continue avec neige, enfin, nous y sommes habituer » .
Les soldats dorment dans des abris creusés dans la terre, les gourbis ou la cagnat : « tout est calme. Pas un coup de fusil. A 10 mètres sous terre, mes hommes dorment, et je ne m'empêche de songer à notre cher Lilite en voyant ces jeunes dormir si prêt du danger et rêver à leurs mamans » . Là, les soldats vivent et meurent en compagnie des gaspards, les rats, dans un quoditien accepté : « Nous retournons aux tranchées de première ligne ce soir. Je pense pour cinq jours comme d'habitude on est tellement habitué à ce métier que l'on trouve cela naturel » .
Quitter la tranchée pour les lignes arrières ou pour une fonction particulière, c'est revivre : « on est toujours au tranchées comme d'habitude seulement moi je suis a la cuisine je ne suis pas mal tranquille mais j'ai bien de l'ouvrage car il faut qu'on leur porte la soupe dans les tranchées » .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

combattre dans la tranchée

La guerre de tranchée est une guerre d'attente, immobile, faite de moments de violence intense et de longues périodes d'inactivité et de calme. On s'observe, on s'écoute. La veille, pour prévenir l'attaque ennemie, se fait à deux. La nuit, la garde devient un moment d'isolement et d'angoisse : « nous avons fichés une tourné aux boches dans la nuit du 10 et la matinée du 11. Ils ne veulent pas revenir s'y frotter de longtemps…la journée du 14 a été très calme » . En période calme, les soldats du rang partagent leur temps entre le service et le repos. Le service consiste à monter la garde, être de corvée de bois, de nourriture, de munitions ou de terrassement et de remise en état de la tranchée et de ses systèmes de défense.
Face à la guerre de positions et aux protections des tranchées, le combat nécessite de nouveaux armements, notamment pour l'artillerie. Les calibres sont de plus en plus gros et l'artillerie lourde à grande puissance sur rails se développe : « je te dirais qu-on est pas trop mal dans le secteur. Quelq obus qui sifflent en passant. Elle vont plus loin, mais ma foi les nuits, c'est une vrai fusillade de balles» . Dès le début des hostilités, les tirs d'artillerie impressionnent les combattants : « c'est un jour de combat. Le canon a tonné toute la nuit, et nous entendons…les batteries lourdes qui font de la musique » ; « aujourd'hui il fait a peu près beau, aussi nous entendons la cannonade de très près…ce sont de grosses pièces qui tirent, c'est un tonnerre épouvantable » . Avec le temps, le soldat s'habitue à ce ronflement continuel et l'accepte comme une partie de son environnement quotidien : « un taube…lance 4 bombes…cela ne nous empêche pas continuer à manger bien tranquillement » .
Toutefois pour les poilus, les impressions face à cette incarnation de la Machine de guerre évolue suivant les moments, suivant que l'on subisse, « les obus allemands que nous voyons très bien éclater…mettent le feu à plusieurs villages…c'est très joli, on voit d'abord l'eclair, on entend l'eclat, et ensuite on voit la fumé » , ou que l'on fasse subir : « je vous envoie le modèle d'un des canons que nous maneuvrons et ce n'est pas le plus gros, mais ils font de la bonne besogne » .
Afin d'attaquer ces positions, la technique de la sape est redécouverte afin de faire sauter le système de défense adverse en creusant un tunnel chargé d'explosif. S'ajoute à cette nouvelle vieille forme de guerre, les gaz qui, même s'ils provoquent peu de perte grâce à l'utilisation des masques surnommés les groins, symbolisent une nouvelle forme de violence aveugle. D'une manière générale, la vie au front est soulignée par une canonnade presque perpétuelle.
La cagoule de protection 1er type est utilisée de juillet 1915 à février 1916. Assez large pour pouvoir se mettre par dessus le képi, elle se ferme hermétiquement en se glissant sous le col de la capote que l'on boutonne par dessus. Avant utilisation, elle doit être plongée entièrement dans une solution d'hyposulfite ce qui demande une grande quantité de produit. La respiration se fait à travers le tissus. Le 21 mai 1915, 48 000 exemplaires sont envoyés aux armées pour test. Ce nouveaux type de protection est bien apprécié par les hommes pour sa facilité d'utilisation. Début juin, 2 millions de cagoules sont commandées pour approvisionnement général. En réalité, la protection qu'offre les cagoules est bien inférieure à celle des baillons. Elle est de 10 minutes pour un homme au repos. De plus, l'air qui est confiné à l'intérieur de la cagoule se charge rapidement en dioxyde de carbone ce qui rend la respiration difficile.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les marqueurs de la violence : les destructions

Une marque importante de la violence de la guerre est la destruction des lieux de civilisation que sont les bâtiments symboliques et patrimoniaux comme les églises qui choque, malgré la laïcisation de l'Etat et le patrimoine anti-clérical, les poilus de l'Ain. La désertification lunaire de la nature florissante sous l'impacte des marmites est un traumatisme pour ses soldats issus du monde rural. Les photographier et l'écrire démontrent la volonté de montrer une violence inconcevable et anéantissante du cadre de vie humain dans une guerre qui n'est plus humaine. Les destructions incarnent de façon détournée la violence quotidienne et croissante du conflit : « nous sommes dans un pays à moitié démoli, j'ai couché cette nuit dans une maison qui n'a pas de toit, en face de l'église qui elle n'a plus de clocher, un obus est tombé sur le chœur et l'autel est en miette, la voute est défoncée c'est lamentable » .
De fait, la violence et les dureté des combats ne laissent pas le poilu sans mot, au contraire. Même difficilement, ils arrivent à juger de leurs actions et à les qualitatifier : « nous avons eu le 17 mai un très dur combat» voir « une pareille boucherie ne peut plus durer » . A la fin de 1916 le mode de combat change. Les effectifs combattants diminuent mais la puissance de feu augmente : l'infanterie française rompt avec son ancienne organisation et tend vers une refonte des unités utilisant au mieux les moyens mis à sa disposition.
Toutefois, avec le temps qui passe la guerre devient lasse, même si on la fait encore. A partir de 1917, les soldats aspirent à la paix, du moins à l'arrêt des combats : « jespere que la guerre veux bien finir un jour, je ne crois pas que nous somme la pour toute la durer de notre vie a part que si on et tuer » , « j'espere fermement que c'et la derniere année et cet pas trop tot en voilà assez » . Arrêts des combats mais uniquement à travers le prisme de la victoire totale , notamment à partir de 1918 : « les evenements de cette terrible guerre vont bien a notre avantage c'est le commencement de la fin, patience courage » .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les chevaliers du Ciel

Dès la fin du XIXe siècle, les pilotes exercent une fascination sur le public, emboîtant le pas aux aventuriers, acquérant une notoriété sportive, à l'instar des cyclistes et des coureurs automobiles. Au début du XXe siècle, les pratiques physiques s'organisent autour du culte de la force. Ce choix permet alors de se conformer aux normes de la masculinité, sur fond d'hygiénisme et de contexte national revanchard.
Dès avant guerre les pilotes sont recrutés parmi une élite d'officier et de sous-officier volontaires, jeunes, souvent instruits, passionnés de mécanique et enthousiasmés par les sports. Les pilotes sont munis d'un brevet civil, sanctionnant les bases du pilotage. Durant un mois, les mécaniciens et les pilotes sont formés à Dijon, Bron et Bordeaux. A partir de 1915, pour obtenir le brevet d'aviateur militaire, les pilotes suivent des formations techniques et pratiques à Avord, Pau, Chartes ou Ambérieu-en-Bugey, sur avions Voisin durant un mois. Après cette formation, les pilotes suivent une formation complémentaire de deux mois à Istres et Avord sur avions Caudron puis du perfectionnement à Pau ou Chateauroux durant deux autres mois.
C'est avec la guerre de position et au travers des tranchées que naît l'image héroïque de l'aviateur, en opposition au poilu dont les actes de bravoure individuels passent inaperçus par leur trop grand nombre. A compter de 1915, l'héroïsme des masses de soldats, bien que mis en valeur par les contemporains, résiste à la mise en récit car il ne permet pas de personnifier le combattant. A ce déficit d'image valorisante s'ajoute l'uniformisation bleu horizon qui atténue encore plus les spécificités et participe grandement à une dépersonnalisation du combattant.
De fait, les aviateurs sont éloignés de la déshumanisation des tranchées. Ils participent à des actions militaires plus individualisées. Ils renouent ainsi avec la tradition de l'héroïsme individuel tout en mettant au point le combat aérien, plus visible et plus facile à narrer que l'expérience des poilus. Cette héroïsation des aviateurs prolonge la fascination qu'ils exerçaient déjà dans la société civile. La compétitivité se prolonge durant la guerre avec les différents décomptes des victoires qui reprennent les usages en vigueur dans les concours sportifs, tout comme l'appelation de As.
Les aviateurs apparaissent alors comme des chevaliers du ciel dans les actes et dans les faits : les insignes et devises, bien visibles sur le fuselage, sont l'équivalent des anciens blasons tandis que les aéroplanes se présentent comme leurs montures mécaniques. A ceci, s'ajoute le développement des combats individuels, en rapport avec l'usage viril des duels, qui met l'accent sur les risques inhérents à la guerre aérienne. Le danger prend un caractère sacrificiel dans les articles de la presse qui insistent sur l'audace et le courage des pilotes prêts à s'envoler vers la mort à toute heure et par tout temps, avec le sourire et souvent non chalance.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

la Mort

La perception de la mort est la même que dans les conflits passés : la guerre a un sens et il faut en réchapper. Avec l'évolution du conflit la mort n'est plus la même : d'une mort héroïque dans la guerre de mouvement, la mort devient brutale et industrielle avec la guerre de position. La mort n'est pas la même lorsqu'elle frappe à côtée, « beaucoup de nos officiers sont tombés au champ d'honneur » , ou qu'elle frappe sans qu'on le sache. Dès lors, elle redevient terrible : « j'en reçois une de Marie qui m'a tout ébahi elle me dit que Félix est tué que c'est un de ses camarades qui l'a écrit. J'ose encore en douter puisque ce n'est pas encore officiel mais c'est peut être malheureusement que trop vrai » . Les poilus ne s'apitoyent pas sur les morts, « Séraphin Bayet est mort, c'est bien malheureux pour lui car c'était un bon garçon » mais jugent les survivants : « René…va bien, son régiment n'a pas encore eu de repos…son fourrier a été tué, et comme ancien du 17e, il est tout seul » .
Contrairement aux conflits du début du XIXe siècle, la mort est désormais essentiellement due au combat et non plus aux maladies.
Le règlement prescrit l'inhumation des soldats morts sous le contrôle d'un officier de santé, mais avec la mobilisation des médecins dans les centres de secours, le mort est le plus souvent enterré presque anonymement et dans les circonstances possibles par ses camarades ou ses ennemis sous la garde de ses camarades. Il est dans son uniforme, avec sa plaque matricule et ses effets, parfois mis dans un linceul de fortune. La tombe individuelle, du poilu enterré sur son lieu de décès, ou collective, marque à chaque fois pour le vivant la présence du danger : « je repars aux tranchées demain pourvu que je n'ai pas le même sort que 4 de mes camarades qui ont été tués par une torpille aérienne et 7 qui ont été blessés » .
Montrer la mort n'est pas politique, c'est la volonté de montrer la destruction et la violence. Le mort n'a plus de patrie, il n'est plus sujet à la revanche ou à la compassion. Toutefois l'ennemi mort est un symbole de victoire.
22,4% des 2 117 réservistes mobilisés en août 1914 au 223e ri meurent au combat en 1914 et 1915. 28,85% des 1 875 mobilisés d'août 1914 au 23e ri meurent au combat en 1914 et 1915. Entre 1914 et 1918, le 23e régiment d'infanterie enregistre 3 000 morts.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les blessés et les malades

Les deux tiers des blessures infligées durant la Première Guerre Mondiale sont le fait de l'artillerie. Durant la Première Guerre, 40% des soldats français ont été blessé au moins une fois . Durant la bataille de la Marne, 8 à 9 hommes sur 10 sont blessé à la tête et 6 à 8 fois la balle ou l'éclat n'atteint pas la boîte crânienne. Cette constatation oblige l'Etat-major a doter ses soldats d'une protection, d'abord sous la forme d'une cervelière impopulaire puis du casque Adrian.
Pour certains, l'état de blessé est une aubaine, malgré la souffrance et l'état de leur corps car ils ne sont pas sur le front : « je me porte toujours très bien mais je ne me lève pas encore, je ne peut pas te dire quand je serait guerit mais tant que ça durrera ça vaudra mieux » .
Pour le soldat, habitué à dire que tout va plutôt bien, parler de ses blessures à sa famille est une chose presque impossible. Très peu de poilus l'écrivent car, ils lèvent le voile sur des douleurs incompréhensibles et souvent intîmes : « je te dirait que j'a étez au pensement aujourd'hui et que je ne suis pas encore guerit. Il y a encore un gros trou, ça suppure encore » . Par contre, ils ne se plaignent pas facilement et encaissent la souffrance avec dignité . Les photographies de blessures et de blessés matérialisent la volonté de montrer la puissance destructrice contre les corps et les choses, impalpable et incompréhensible pour celui qui ne la subit pas.
Inversement, le soldat malade ne s'en cache pas et informe très fréquemment de son état de santé : « le matin à 7 h nous avons du jus, puis j'attends 10h pour me lever, la visite se passe tout les matins, le major ne me trouve rien de malade, si ce n'est le larynx qui fait souffrir mais ce n'est pas dangereux » . Durant la Grande Guerre, environ 5 000 000 de soldats sont victimes d'affections. Pour juguler ce fléau, l'armée prodigue dès 1914 des vaccins, efficaces, notamment contre le tétanos. Au 223e RI, cette vaccination qui a lieu fin décembre 1914, ne passe pas inaperçu et marque les poilus d'autant plus qu'elle les rend malade. A ces campagnes de vaccinations s'ajoute sans doute aussi l'accoutumance des poilus à leurs conditions de vie des plus insalubres : proximité de détritus, cadavres, poux, excréments.
Dans les premières lignes, l'eau, stagnante est impropre à la consommation. Rapidement, afin de ne pas chopper la dysenterie et des coliques, les poilus du front coupent l'eau avec de l'alcool de menthe, qui rapidement leur est vendue si cher qu'ils s'en plaignent.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les hôpitaux militaires dans l'Ain 1914 - 1919

Par Frédéric Lainé
Membre de Mémoires de l'Ain 39-45
Administrateur de https://fredlaine01.wordpress.com/

Sachant que lorsque la guerre sera déclarée, le Service de Santé des Armée ne disposera pas assez d'établissements pour recevoir les nombreux blessés et malades des armées. L'Etat-major a donc prévu la création de nouveaux hôpitaux répartis sur l'ensemble du territoire : les Hôpitaux Temporaire pour accueillir les milliers de blessés.
En août 1914, le Service de Santé des Armée organise la répartition de ces Hôpitaux Temporaire prennent différentes dénominations :
Hôpitaux Temporaire (HT), gérés par le Service de Santé des Armées,
Hôpitaux Complémentaires (HC), gérés par le Service de Santé des Armées,
Hôpitaux Auxiliaires (HA), gérés par des sociétés d'assitance,
Hôpitaux Bénévoles (HB), gérés par des particuliers, associations, communautés,…
Hôpitaux Civils
En 1914, ils existent trois sociétés d'assistance du Comité de la Croix Rouge
La Société Française des Secours aux Blessés Militaire (SSBM),
L'Union des Femmes de France (UFF),
L'Association des Dames Françaises (ADF).
La SSBM est la plus importante des organisations. Ses personnels sont autorisés aider le Service de Santé des Armées dans les zone de combats et participent au équipage des trains sanitaires. Les personnels des UFF et ADF qu'en a sont établit à l'arrière du front uniquement.
Les différents hôpitaux sont numérotés par région militaire (non par département). Les Hôpitaux Bénévoles (HB) sont comptés par rapport au nom de l'association dont il dépend : numéro + « bis » ainsi :
SSBM, de 1 à 100 et au-delà du numéro de la série 300,
UFF, de 101 à 200 et au-delà du numéro de la série 400,
ADF, de 201 à 300 et au-delà du numéro de la série 500.

Voici la liste des différents hôpitaux installés dans le département de l'Ain, dépendant de la 7e Région Militaire (7e RM) avec la localisation, adresse, nombre de lits et type de personnel qui les gèrent :

HB n° 3 bis Tenay - Salle des Fêtes de la Société des Filatures Shappe, rue Centrale - 30 lits - Fonctionne du 4 octobre 1914 au 24 décembre 1916 - A reçu 175 blessés et malades soit 8180 journées d'hospitalisation.
HB n° 4 bis Saint-Rambert-en-Bugey - Créé dans ses magasins par la Société des Filatures Shappe et prêt à fonctionner dès le 1er octobre 1914 - 32 lits - Fonctionne du 5 Février 1915 au 8 août1917. A reçu 213 blessés et malades soit 8007 journées d'hospitalisation -
HB n° 5 bis Bourg-en-Bresse - Couvent de la Visitation, 25 rue Bourgmayer - 45 lits - Fonctionne du 1er janvier 1916 au 5 mai 1918 -
Annexes: Ecole libre de garçons Saint-Louis, 11 rue Bourgmayer - 50 lits - Fonctionne du 1er janvier 1916 au 30 octobre 1916 -
Hôtel de Valence, rue des Marronniers - 35 lits - Fonctionne du 1er janvier 1916 au 30 octobre 1916 - Service d'ophtalmologie.
HA n° 6 Bourg-en-Bresse - Couvent Saint-Joseph, 7 rue du Lycée - 180 lits - SSBM - Fonctionne du 6 août 1914 au 1er janvier 1919.
Annexes: Couvent de la Visitation - Fonctionne du 6 août 1914 au 18 novembre 1914. Deviendra l'HA n° 26.
Marlieux - Château de Mr. de Bellecize - 24 lits - SSBM - Fonctionne du 6 août 1914 au 8 août 1917.
Neuville-sur-Ain - Propriété Costa de Beauregard - 20 lits - SSBM - Fonctionne du 24 septembre 1914 au 1er septembre 1915.
Vonnas - Château de Beost (comtesse Gattelier) - 15 lits - SSBM - Fonctionne du 6 août 1914 au 6 octobre 1915.
Salle municipale de patronage - 15 lits - SSBM - Fonctionne du ( ? au ? ).
HA n° 7 Trévoux - Pensionnat de jeunes filles de la Sidoine - 50 lits - SSBM - Fonctionne du 26 septembre 1914 au 7 avril 1917 -
HA n° 9 Méximieux - Hôpital civil - 100 lits - SSBM - Fonctionne du 25 septembre 1914 au 22 janvier 1917 -
HC n° 10 Belley - Collège libre Lamartine, rue de la Louvatière - 106 lits - Fonctionne du 11 août 1914 au 1er avril 1916 -
HA n° 13 Gex - Ancien Couvent de la Visitation - 30 lits - SSBM - Fonctionne du 26 septembre 1914 au 8 septembre 1916 -
HA n° 16 Belley - Ancien Cours des Bernardines, 24 rue des Barons - 46 lits - SSBM - Fonctionne du 27 septembre 1914 au 16 août. Reçoit 634 blessés ou malades soit 30.663 journées d'hospitalisation.
HA n° 17 Jujurieux - Usines de soieries C.J.Bonnet - 100 lits - SSBM - Fonctionne du 7 août 1914 au 12 décembre 1918 - Jusqu'au 16 août 1916 ne reçoit que des blessés. A partir de cette date l'Hôpital est divisé en 2 services: un service pour les blessés et un service nouveau appelé Centre spécial d'albuminurie de la 7ème RM - Jusqu'en 1917 l'Hôpital a reçu 747 blessés et malades, comptabilisant 38420 journées d'hospitalisation. A sa fermeture il avait reçu 1125 hospitalisés.
HC n° 17 Belley - Collège libre Lamartine, rue de la Louvatière - 106 lits - Fonctionne du 1er avril 1916 au 24 novembre 1917 - A reçu 5442 malades et blessés.
HA n° 18 Pont d'Ain - Usine de verrerie Blanzard, route de Lyon à Genève - 50 lits - SSBM - Fonctionne du 2 octobre 1914 au 17 novembre 1914 -
HC n° 18 Bourg-en-Bresse - Nouvelles casernes de la Charité - 500/380 lits - Fonctionne du 10 octobre 1916 au 4 novembre 1918 - Du 25 octobre 1914 au 6 octobre 1916 a été Hôpital Dépôt de Convalescents puis Centre Spécial de Réforme. Au début a fonctionné comme sous-centre de dermato-vénérologie de l'Hôpital Saint-Jacques. En septembre 1916 devient annexe de physiothérapie (contagieux). Fin 1918 reçoit l'ensemble des services ORL de Bourg-en-Bresse.
HA n° 19 Seyssel - Hôpital Civil Intercommunal - 25 lits -SSBM - Fonctionne du 10 novembre 1914 au 8 août 1917 - Reçoit 74 hospitalisés.
HA n° 23 Divonne-les-Bains - Grand Hôtel des Bains - 90 lits - SSBM - Fonctionne du 21 novembre 1914 au 3 janvier 1919 - Etablissement hydrothérapique - Neurologie - A fonctionné du 27 septembre 1914 au 21 novembre 1914 comme annexe de l'HA n° 13 de Gex.
HA n° 26 Marlieux - Hôpital civil - 25 lits - SSBM - Fonctionne du 29 septembre 1914 au 18 août 1917 - N° de nomenclature repris par l'HA n° 26 de Bourg-en-Bresse.
HA n° 26 Bourg-en-Bresse - Couvent de la Visitation, 25 rue Bourgmayer - SSBM - Fonctionne du 18 novembre 1914 au 31 décembre 1915 - Ancienne annexe de l'HA n° 6 Bourg-en-Bresse.
Annexes: Ecole libre de garçons Saint-Louis, 11 rue Bourgmayer - 50 lits - SSBM - Fonctionne du ? août 1915 au 31 décembre 1915.
Hôtel de Valence, rue des Marronniers - 35 lits - SSBM - Fonctionne de ? août1915 au 31 décembre 1915.
HA n° 27 Montmerle- sur-Saône - Maison particulière du Dr. Nique - 25 lits - SSBM - Fonctionne du 5 juillet 1915 au 22 janvier 1917 -
HC n° 41 Méximieux - Ancien Petit Séminaire, route de Genève - 300 lits - Fonctionne du 5 novembre 1917 au ? 1919. Médecine générale -
HC n° 43 Belley - Ancien Evêché de Belley - 125 lits - Créé en décembre 1916 mais en fonction du 6 mai 1917 au 27 février 1919 -
HA n° 44 Lompnès-près-Hauteville - Château d'Angeville - ? - SSBM - Fonctionne du ? au ? -
HC n° 51 Simandre-sur-Suran - Ancienne Chartreuse de Selignat - 180/200 lits - Fonctionne du 1er mai 1918 au 12 mars 1919 - Centre de psychonévroses.
HA n° 201 Chatillon-de-Michaille - Ecole de filles, puis Hospice - 25 lits - ADF - Fonctionne du 24 octobre 1914 au 10 mai 1917 -
HA n° 202 Nurieux-Volognat - Château de Volognat - A très peu fonctionné: décembre 1914/Janvier 1915.
HA n° 203 Bourg-en-Bresse - Lycée de jeunes filles, 17 avenue d'Alsace-Lorraine - 300 lits - ADF - Fonctionne du 8 août 1914 à septembre 1916 - Occupera par la suite l'ancien séminaire, boulevard de Brou du 1er septembre 1917 au 10 août 1919 - Moyenne chirurgie et neurologie.
HA n° 206 Nantua - Hôpital Civil, rue Neuve -150 lits - ADF - Fonctionne du 25 septembre 1914 au 1er janvier 1919 - Reçoit 2.320 blessés et malades soit 85.629 journées d'hospitalisation.
HA n° 207 Oyonnax - Hospice civil, Grande Rue - 120 lits - ADF - Fonctionne du 25 septembre 1914 au 3 janvier 1919 - Reçoit des paludéens à partir de 1918.
HA n° 208 Bellegarde- Musinens - Etablissement des Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, hameau de Musinens - 30 lits - ADF - Fonctionne du 25 septembre 1914 au 3 novembre 1917.
HA n° 209 Montreal-la-Cluse - Meublés pour la saison estivale - 80 lits - ADF - Fonctionne du 25 août 1914 au 12 décembre 1918 -
A partir du 19 septembre 1917 ouverture d'un service de paludéens.
HA n° 210 Groissiat - Maison de retraite de la Congrégation de la Croix de Jésus - 30 lits - ADF - Fonctionne du 27 septembre 1914 au 12 décembre 1918 - A reçu des paludéens.
HA n° 211 Jujurieux - Salle des Fêtes de la Mairie - 55 lits - ADF - Fonctionne du 27 septembre 1914 à 1917 - Puis Groupe Scolaire - 60 lits - ADF - Fonctionne du ? 1917 au 12 décembre 1918.
HA n° 212 Villars-les-Dombes - Hospice de Vieillards - 100 lits - ADF - Fonctionne du 4 octobre 1914 au 3 janvier 1919 - Centre de petite chirurgie.
HA n° 213 Oyonnax - Magasins de l'usine Convert, 119 Grande Rue - 35 lits - ADF - Fonctionne du 2 octobre 1914 au 30 décembre 1916 -
HA n° 214 Gex - Château de Prébailly - 45 lits - ADF - Fonctionne du 26 septembre 1914 au 15 janvier 1918 - Chirurgie - A reçu 452 blessés.
HA n° 215 Cerdon - Hospice civil - 25 lits - ADF - Fonctionne du 4 novembre 1914 au 8 août 1917 -
HA n° 216 Chalamont - Hospice de Vieillards - 32 lits - ADF - Fonctionne du 23 décembre 1914 au 10 août 1917 -
HA n° 217 Ferney-Voltaire - Ancien Pensionnat de jeunes filles des soeurs de Saint- Joseph - 40 lits - ADF - Fonctionne du 1er décembre 1914 au 10 janvier 1919. Annexe de l'HA n° 13 de Gex.
HC Belley - Caserne Dallemagne - Fonctionne du 1er avril 1915 au ? 1916 -
Hôpital Mixte et Hôtel-Dieu Bourg-en-Bresse - 42 boulevard de Brou - 300 lits - Fonctionne pendant toute la durée de la guerre.
Annexe: Ecole Jeanne d'Arc, Grande Rue - 150 lits - Reçoit des Sénégalais à partir de 1918.
Hôpital Mixte Belley - Rue de la Louvatière - 105 lits - Fonctionne en août 1914 -
Annexe: Ancien pensionnat des Dames de Saint-Joseph et orphelinat, rue du Chapitre - 60 lits - Fonctionne du 6 décembre 1914 au ? - Centre de moyenne chirurgie. Hôpital Mixte et Annexe ont reçu 3.699 hospitalisés soit 95.805 journées d'hospitalisation.
Hôpital Civil Ambérieu-en-Bugey - rue de Hôpital - 50 lits - Fonctionne du 26 septembre 1914 au 8 octobre 1919 - A reçu 2000 blessé et malades soit 43.517 journées d'hospitalisation -
Hôpital Civil Gex - Hôpital militaire annexé à l'Hôpital Civil, route de Genève - 50 lits - Fonctionne du 26 septembre 1914 au ? - A reçu 796 malades et blessés.
Hôpital-Asile Bourg-en-Bresse - Asile d'aliénés de Saint-Georges - 50 lits - Fonctionne pendant toute la durée de la guerre.
Hôpital Civil Montmerle-sur-Saône - rue de Lurcy - 40 lits - Fonctionne du 14 octobre 1914 au 10 août 1917.
Hôpital Civil Montrevel-en-Bresse - 36 lits - Fonctionne du 4 octobre 1914 au 3 août 1917.
Hôpital Civil Pont-de-Vaux - 35 lits - Fonctionne du 1er octobre 1914 au 20 août 1917.
Hôpital Civil Trévoux - Rue de l'Hôpital - 50 lits - Fonctionne du 1er septembre 1914 au 1è décembre 1915.
Hospice de Vieillards Pont-de-Veyle - 25 lits - Fonctionne du 1er octobre 1914 au 10 août 1917.
Ambulance de Lamorflan Artemare - Etablie par et chez le Dr Bourdin - 10 lits - Fonctionne 2 mois au début de la guerre -
Ambulance de Machuraz Machuraz - Etablie dans le Château de la famille Meaudre - Fonctionne quelque temps au début de la guerre -
Sanatorium Félix Mangini Hauteville - 30 lits - Fonctionnait en novembre 1915.
? - Ferney-Voltaire - Ancien collège de garçons, orphelinat Saint-Pierre - 20 lits - Fonctionne du 1er octobre 1914 au 9 février 1916 -
Hôpital de Don ? - Aménagé dans les bâtiments de l'usine du député-maire - CRF - Reçoit courant 1915 des blessés convalescents de l'HA n° 6 de Belley.
Voici quelques informations complémentaire sur par ville :
BELLEY
Hôpital Mixte : avant la guerre, le service de santé des armées disposait d'un pavillon de 50 lits, la mise à disposition du second étage de l'hôpital permit de disposer de 104 lits ; jusqu'au 1 avril 1915, une annexe de 106 lits était installée au collège Lamartine. Pour la totalité de la guerre, le nombre d'hospitalisés s'éleva à 3.699 soit 95.805 journées d'hospitalisation.
Hôpital Lamartine (106 lits) : d'abord hôpital annexe de l'hôpital mixte de Belley (du 15 septembre 1914 au 1 avril 1915) puis Hôpital Temporaire N° 10 il fonctionna comme succursale du dépôt de convalescents établi à la Caserne Dallemagne (du 1 avril 1915 au 1 avril 1916), puis Hôpital Complémentaire N° 17 (du 1 avril 1916 au 15 novembre 1917). 5.442 soldats y furent hospitalisés pendant la période allant du 1 avril 1916 au 15 novembre 1917.
Hôpital Complémentaire N° 43 (125 lits) : établi dans les bâtiments de l'ancien évêché de Belley , cet Hôpital Complémentaire fut créé en décembre 1916 mais ne commença à fonctionner que le 6 mai 1917, et ce jusqu'au 27 février 1919. 1.370 soldats y furent hospitalisés.

Dépôt des Convalescents : il fonctionna pendant environ 1 an, en 1915 1916 dans les bâtiments de la caserne Dallemagne.


AMBERIEU EN BUGEY
Hôpital Mixte : par suite de l'importance de la gare d'Ambérieu, il fut organisé un Hôpital militaire, annexé à l'Hôpital Municipal. Le nombre d'hospitalisés fut de 2.000 soit 43.517 journées d'hospitalisation
GEX
Hôpital Mixte : un Hôpital Militaire de 50 lits fut annexé le 26 septembre 1914 à l'Hôpital Civil de Gex. On y soigna 796 soldats pendant toute la durée de la guerre.
SAINT RAMBERT
Hôpital Bénévole N° 4 bis : créé par la société des filatures Shappe, il comportait 32 lits et, bien que prêt à fonctionner le 1 octobre 1914, il ne fut utilisé qu'à partir du 5 février 1915 ; il fut fermé le 8 août 1917. Le nombre d'hospitalisés fut de 213, soit 8.007 journées d'hospitalisation.
TENAY
Hôpital Bénévole N° 3 bis : créé le 7 octobre par le maire dans un local de la société Shappe, il comportait 30 lits. 175 soldats ou sous-officiers y furent soignés, soit 8.180 journées d'hospitalisation.
ARTEMARE
Ambulance de Lamorflan : établie par et chez le docteur Bourdin, elle comptait 10 lits et fonctionna pendant deux mois au début de la guerre.
MACHURAZ
Ambulance de Machuraz : établie dans son château par les membres de la famille du Lt Col Meaudre, elle fonctionna quelques temps au début de la guerre.
A cette liste d'établissements il conviendrait de rajouter ceux mis sur pied et « gérés » par la Croix Rouge :
BELLEY
Hôpital Auxiliaire N° 16 : contenant une cinquantaine de lit, il fut ouvert au lendemain même de la mobilisation, il fut fermé le 16 août 1917. Il reçut 634 malades ou blessés, ce qui constitue 30.663 journées d'hospitalisation.
SEYSSUEL
Hôpital Auxiliaire N° 19 : il s'agit de l'Hôpital intercommunal mis gracieusement à la disposition de la Croix Rouge. Il ne fut utilisé que d'octobre 1914 à janvier 1916 et reçut 95 soldats, pour 3.954 journées d'hospitalisation.
DON
Hôpital de Don : organisé dans les bâtiments l'usine dirigée par la député maire. L'hôpital Auxiliaire N° 16 y envoya, au cours de l'année 1915, des blessés convalescents


NANTUA
Hôpital Auxiliaire N° 206 : la ville de Nantua mit à la disposition de la Croix Rouge, dès le début de la guerre, les bâtiments à peine achevés qui étaient destinés au transfert de l'Hôpital Civil. Il pouvait recevoir 150 blessés. Lors de sa fermeture au 1 janvier 1919, 2.320 blessés avaient été soignés, soit 85.629 journées d'hospitalisation.
JUJURIEUX
Hôpital Auxiliaire N° 17 : comportant 110 lits, cet Hôpital qui avait déjà fonctionné lors de la guerre de 1870 fut rouvert le 7 août 1914 et ferma le 1 décembre 1918.

la Grande Guerre : la guerre de l'image

Les guerres du XIXe siècles voient l'usage de l'appareil photographique prendre de l'essor. Si les guerres de sécession américaines, de Crimée ou de 1870 sont photographiées, la technologie ne permet alors qu'un usage restreint de la photo et une « invasion » du champ de bataille limitée des photographes.
Avec le développement de la photographie amateur à la fin du XIXe, relayée dans l'Ain par des membres la Société d'Emulation, l'apparition de plaques sèches et l'invention des appareils portatifs, l'Etat-major français, au début de la guerre de 1914 – 18, ne prévoit pas l'usage immodéré de la photo par les soldats mobilisés.
A l'été 1915, afin d'encadrer la pratique et de contrôler le message de la guerre, une note du haute commandement interdit l'usage d'appareils photos dans les zones de l'avant et des étapes. De plus, il crée la section photographique de l'armée entre avril et mai 1915, confié à Tournassoud de Montmerle-sur-Saône, celle par qui la guerre sera officiellement couchée sur la pellicule, interdisant aux soldats la prise de photographies, instituant une nouvelle forme de censure adaptée à l'apparition de ce nouveau mode d'information.
Cette censure et cet étatisation de l'image n'empêche pas la fraude . Si Forgeot arrête de photographier la guerre à cette époque, l'industrie continue de vendre des appareils de poche dont elle vante les mérites dans les colonnes de l'Illustration. A une époque où l'illustré et l'illustration règnent dans le monde éditorial, la presse engage les militaires dès le 15 août 1914 pour l'Illustration et le 16 pour le Miroir, par des primes, à transgresser les ordres et à prendre des clichés pour les lui vendre. Cette utilisation de clichés de guerre par la presse dérape rapidement du patriotisme au sensationnel voir au scabreux et au macabre au nom du désir d'assurer aux lecteurs une documentation unique. Avec le Miroir, l'image et les clichés, retravaillés, sont utilisés à des fin voyeuriste et délivrés vulgairement à l'arrière alors que durant la Seconde Guerre Mondiale, une autocensure morale des photographes amateurs de guerre se fait jour : les soldats, toujours armés de leur appareil, évitent autant que faire se peut d'immortaliser les cadavres et les morts .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

une arme de l'image : l'aviation

Les gouvernements s'emparent de la passion pour l'aventure aéronautique afin de l'exploiter à des fins de propagande. A partir de 1915, pour un public civil ou militaire lassé et parfois horrifié par les tranchées, les «as» deviennent les héros d'une guerre propre, noble, chevaleresque et technique, qui peut faire rêver et permettre d'améliorer l'image de la guerre auprès des populations.
Pour le poilu du front, la guerre aérienne peut constituer un élément majeur psychologique, car plus que tout autre, les combats d'avions impressionnent les soldats : « les avions boches font toujours des beaux travails » . Dès qu'un avion apparaît, les nez des poilus se lève car « la minute est emotionnante » et nombreux sont ceux qui parlent des ces combats aériens dans leur correspondance. Leur manège aérien, pour des hommes enterrés, fascine aussi bien que par les réactions de la DCA, rapidement inventée : « en ce moment on vient de sonner un garde à vous, un aéro boche semble se diriger sur Belfort et la canonnade fait rage dans les airs » .
La presse se fait le relais de cet espoir que suscite l'aviation auprès des poilus : le 20 décembre 1917, le numéro spécial de la guerre aérienne illustrée table sur des poilus qui demandent à Noël des avions.
Toutefois, cette image rendue a un prix : durant la Grande Guerre, en proprotion du nombre d'hommes engagés, c'est l'aviation qui a perdu le plus de d'hommes : sur les 17 297 aviateurs français envoyés au combat, plus de 6 500 sont morts en mission commandée, soit une proportion de près de 40%. Durant la Première Guerre mondiale, sur un maximum de 6000 pilotes de chasse français, 187 ont reçu le statut d'« As » après avoir obtenu au minimum cinq victoires homologuées, soit environ 5% des pilotes qui effectuent 50% des dégats totaux. Cette poignée d'hommes a pourtant détruit plus de 2000 avions allemands, soit la moitié du bilan total revendiqué par la France. Sur ces 187, le bilan des 40 premiers de la liste (soit moins de 1% du total) représente à lui seul 20 % des pertes ennemies.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les loisirs

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Au front le soldat bénéficie de temps libre. Parce qu'elles permettent d'échapper temporairement à l'univers ambiant, aux corvées, aux gardes, à l'attente, les distractions sont appréciées : lecture des journaux venant de l'arrière et jeux de cartes, de dés ou de dominos sont prisés. Le temps de répit est aussi l'occasion de séances d'instruction, souvent à l'air libre, lors des séjours dans les lignes arrières.
Certaines activités physiques sont encouragées afin de maintenir un esprit de cohésion, ainsi les poilus font de la gym mais aussi du rugby, notamment au 55e RIT de Bourg, USB oblige, du football et de la course à pied.
Avec l'habitude de la guerre l'ironie et la dérision des situations deviennent prétexte à rire ou du moins à se distraire, aux frais des autres : « il passe un taube, il vient de lancer une bombe…elle est tombée sur la place et n'a pas éclaté. On est venu chercher un officier qui était par ici pour le ramasser avec toutes les précautions qu'il faut pour ne pas la faire éclater. Cela nous distrait un moment » .
Afin d'occuper certains poilus, habiles de leurs mains, recyclent les métaux environnants : cuivre et laiton des obus, acier de carcasses de fusil ou aluminium de quarts abandonnés en des objets personnels, offerts ou vendus aux camarades, ou en cadeaux envoyés aux familles. Une petite proto-industrie se crée autour de cet "art" jusqu'à la création de concours et la vente de ces objets. Ainsi naissent des bagues, des coupes papiers, des portes plume, des boites ou des briquets, véritable artisanat de tranché. Ces objets, divers et variés, sont envoyés à l'arrière comme cadeaux ou comme compléments de revenu pour la famille : « je te r'envoy une autre bague celle la vaux plus que l'autre elle vaux toujour deux sous parce que je l'ais fait avec un gros sous et je crois quelle sera plus propre que l'autre et plus jolie » .
Ces objets d'artisanat, constituent un témoignage matériel et historique rendant compte d'un aspect de la vie quotidienne des soldats de la Grande Guerre dans les tranchées ou dans les lignes arrières. Ces objets ont alors pour but de maintenir un lien avec la famille et ceux restés, par le biais de cadeaux, mais aussi de témoigner de son passage et de son activitée militaire auprès de ceux de l'arrière. Aux coupes papiers et divers objets portant le nom des batailles que le poilu-artisan ou du moins propriétaire de l'objet fait figurer dessus, comme les noms des batailles sur les drapeaux, ces objets, portant la mémoire des combats livrés sont destinées à devenir des objets quotidiens dans la société civile.
Afin de tenir et de se passer le temps, le tabac, qui n'est jamais discuté aux poilus, contrairement aux civils, est une des consolation du soldat. Il est distribué par paquet de 100 grammes tout les sept jours et c'est parfois le poilu qui en rapporte à l'arrière. Hormis le tabac, la boisson est la grande compagne du soldat : « la seule distraction que nous avons c'est de boire de ces litres avec le copain Serrier. Question de femme ceinture » . Café, thé ou alcool, la boisson et ses débits légaux ou opportunistes , sont un moyen de se retrouver et de causer entre copains : «on va boire un litre dans un café anciennement allemand ; et ou l'on parle très bien le français en ce moment» . Parmi les boissons, l'alcool est rapidement omniprésent et plus qu'un remontant, il est un moyen de détente qui reste un pis aller à leur situation. Si le poilu peu boire de partout : « nous ne trouvons aucun café d'ouvert ou il n y ai de place. Voyant cela nous allons faire un vin chaud de 4 litres dans la chambre…on va bien dormir » , à n'importe quel moment : « pendant que le train manœuvre…on va boire un café, un litre ou un chnaps » et pour n'importe quelle bonne raison : « tous les poilus du front ont été content d'apprendre que la Roumanie marchait avec nous…la ration de vin a été doublée ce jour en cet honneur » , le poilu ne boit jamais seul : « le soir en rentrant nous buvons le champagne qui reste sauf une bouteille que nous gardons pour demain. On fait le thé » , ce qui est mal vu par les autres : « je te dirait que je n'est pas vu Jaquant…tu as bien fait de pas lui donner le colis pasque il est rentrée saoul » et dès lors peut être apparenté à de l'ivrognerie.
Une préoccupation constante des hommes, même à la guerre, peut être classée parmi les loisirs : la sexualité. En effet, si l'homme endosse un uniforme, il n'en clos pas moins hermétiquement sa braguette et encore moins ses désirs . Ces derniers sont d'autant plus vifs, que la vie est réduite au moment présent, l'avenir et ses conséquences n'ayant plus cours. Dès lors, toutes les occasions de se sentir vivant, de « faire la corvée de viande » sont bonnes, avec sa femme lors d'une permission ou avec celle d'un autre, car « hélas j'en voie tout les jours conter fleurette à des filles ou femmes maime promettre le mariage pour passer quelques nuit avec et à près adieu je t'ai vu, ce qui fait qu'a l'heure actuelle nous avons le 60 pour 100 de femmes ou fille enceinte, l'orsque les maris qui sont sur le front de puis le début de la guerre vont rentrer chez eux, et voir ce qui c'est passer, il se produira divorce ou coup de revolver » . Parfois l'éloignement renforce les tendances à la jalousie et l'absence fait encore plus craindre le départ de l'être aimé, qui constitue un des piliers du bien être mental des soldats : « tu sais que je suis jaloux de toi car je t'aime par dessus tout, je me fais un tas d'idées » .

les lignes arrières

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Hormis la tranchée de première ligne, les soldats, lorsqu'ils sont retirés et relayés du front, se trouvent cantonnés dans une tranchée de deuxième ou troisième ligne, un campement de tentes, de baraques Adrian, où dans un village plus ou moins détruit qu'ils remettent en état : ce sont les lignes arrières. Le moment d'y aller est alors ressenti comme un bienfait « le bataillon vient d'être relevé et nous serons plus tranquilles puisque nous allons goûter un peu de repos » .
La vie y est plus facile et meilleure : meilleure nourriture et abris plus commodes même si ils sont la plupart du temps en ruine . A ces commodités matérielles s'ajoutent parfois la présence humanisante d'enfants et de femmes. Là, outre de retrouver une vie presque normale et de l'hygiène, ils peuvent acheter des vivres ou de la boisson, parfois à des prix prohibitifs : « on a mille peine à trouver ce qu'on a besoin pour écrire ou pour trouver du tabac, nous sommes restés huit jours que nous n'en avions pas et nous avons été obligés de nous en passer » .
Toutefois le repos dans une zone dévastée et inhabitée est très mal vécu par le poilu qui retrouve une forme de son quoditien des tranchées ; « je suis toujours au repos dans ce pays de malheur » , quand ce n'est pas pire : « un cochon n'en serait pas jaloux car aux bêtes leur, paille leur est renouveller tous les jours, tandis que nous on est souvent…bien heureux de coucher sur la paille…quand Messieurs les officier…ont toujours une chambre par un et un bon lit » . Car, malgré leur état de soldat, ils n'en sont pas moins regardant sur leurs conditions de vie surtout dans ces zones de repos : « en arrivant à la Taverne, grand bouleversement, je ne trouve plus ma paillasse. Tout le monde a déménagé. Garin m'a tout emporté mon fourbi avec le sien. Nous sommes logés…dans une espèce de cave, ou il ne sent pas très bon. C'est très humide. Il n'y a que deux petites lampes électriques, et point de table » . Pour tous, la vie dans des lignes arrières dévastées est moins souhaitable que le séjour au front : « et de dire que l'on nous emmaine au repos pour être tranquille, l'on est bien plus male que dans dans certains secteur tranquille » .

boire et manger

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Le poilu, hormis son quart en tôle, sa gamelle et sa cuillère, utilise des ustensiles de campement collectif : une gamelle, une marmite, une seau de toile ou vache à eau, un sac de distribution et un moulin à café en plus ou moins grand nombre pour une escouade de 8 à 15 hommes.
En campagne le poilu touche des vivres frais (ration normale et ration forte pour les opérations) à consommer dans la journée et des rations de réserve constituées de denrées non périssables. Lors de la montée en ligne, le soldat touche deux jours de vivres frais et deux jours de vivres de réserves. Ses rations sont augmentées durant la guerre au point que le soldat mange mieux que le civil, ce qui fait dire à certains « je suis toujours le même pas changé un peu engraissé » . Dès le 28 octobre 1914, le poilu Foray s'étonne des quantités de nourriture qui lui sont délivrées et de la capacité qu'il a à les avaler. Le poilu touche, par jour, 750 grammes de pain frais ou 650 grammes de biscuits, 450 grammes de viande fraîche, 30 grammes de lard ou de saindoux, 50 grammes de potage, 100 grammes de riz ou de légumes secs, 48 grammes de sucre, 36 grammes de cafés, 24 grammes de sels, un demi litre de lait et trois quarts de litre de café , un demi litre de vin ou un litre de bière, car si on a essayé de leur empêcher de boire du vin, l'armée n'a jamais limitée l'alcool.
Afin de nourrir en viande fraîche tous les jours 20 000 hommes, qui forment une division, il faut abattre 50 bêtes ce qui occupe 35 bouchers. Pour un million de combattants, il faut livrer sur le front au moins 2 500 bœufs par jour. A partir de 1915, les poilus de l'Ain découvrent le bœuf argentin avec d'autant plus de stupeur que désormais celui-ci leur est livré surgelé. De même pour le pain, les boulangerie de campagne de l'armée, en plus du pain livrée par voie ferrée, doivent faire 45 000 rations de pain pour une corps d'armée ou 14 tonnes pour une division.
Cette nourriture, qui arrive aux lignes arrières en train , est livrée par la roulante, cuisine équipée pour servir des repas chauds aux troupes en cantonnement. Ces repas arrivent jusqu'au front par l'intermédiaire des convoyeurs ; et lorsque la nourriture manque, la maraude ressurgie du passée. En effet, l'ordinaire est amélioré suivant sa position sur le front et suivant les possibilité de chacun, si le lieutenant Hocs fait des parties de chasse au sanglier avec son arme de guerre, le boucher Joseph Suchet se « complique mon travail tous les matins, je fait cuire avant de partir soit des cervelles, soit des rognons, des amourettes, ou moelles épinières, des riz de bœufs. Aujourd'hui j'ai fait des riz, mes amis se sont régalés » . Ainsi, un jour « nous mangeons la boîte de homard que j'avais depuis longtemps. Avec quelques œufs durs nous faisons une belle et bonne salade » et l'autre « nous mangeons une pintade que Garin à reçu de Condon. Une buvons également une bonne bouteille qui était dans son colis » . Comme pour l'alcool, le repas ne se prend pas seul et même à la tranchée c'est un moment de cohésion et encore plus lorsqu'un chanceux reçoit un produit du pays qu'il s'empresse de partager avec les autres ; si le 27 janvier 1915, Joseph Suchet partage des escargots , le 17 octobre 1917, Grumet partage le ramequin et dans tout les cas « nous sommes très heureux de déguster les produits du pays » .

le moral

La vie en guerre n'est pas un fait normal, mais le soldat s'y habitue, ou du moins entre en guerre en renonçant à ce qui qualifie la vie « normale ». Avec l'habitude de leur situation, l'esprit de corps et de camaraderie, certains sentiments humains disparaissent, facilitant peut être ainsi la survie. Ainsi même s'il l'éprouve encore et toujours en son fort intérieur, le soldat ne sent plus la peur , du moins ne l'affiche pas et lorsqu'un autre en fait montre, cela est remarqué ; « le sergent qui a remplacé Tenand à eu un peu la frousse » mais rarement jugé : « ils ont un peu tous la frousse…ils n'ont pas encore entendu le canon » .
Rapidement, le Piou-piou puis le Poilu, sont conscients du sacrifie qu'ils font et des souffrances terribles qu'ils endurent. Pour tenir le coup, les soldats du 23e RI tournent cela en dérision dans des chansons qu'ils qualifient de patriotiques mais qui permettent d'exulter les ressentis et les peurs.
Car pour ne pas être dans le noir , les soldats ont recours à plusieurs expédients. Outre l'alcool, les nouvelles de la famille et la camaraderie, on assiste durant le confit, au front ou à l'arrière, à un véritable renouveau de la foi religieuse et en l'occurrence catholique. En effet, les conditions de vie au front rapprochent le soldat d'un besoin de soutien spirituel : « j'ai eu dimanche l'occasion d'aller à la messe, et ce dimanche de la Passion, dans l'église dévastée de Suippes…jamais ma pensée ne s'était envolée aussi longtemps » . Dès lors, les aumôniers militaires prennent une place importante dans la vie du soldat par leur rôle religieux mais aussi par son soutien moral. C'est l'aumônier qui par sa présence resacralise un lieu de culte souvent dévasté : « un modeste autel s'élève dans une partie qui n'a pas souffert du bombardement. Un autel au couleur bleu blanc rouge, modeste autel de campagne, mais combien les prières qui s'élèvent pendant que le prêtre soldat dit sa messe, sont ferventes, prières de poilus » . Dieu et ses pouvoirs sont alors partagés par les béligérants. Si pour les Prussiens qui l'affichent sur leur boucle de ceinturon, très recherché comme prise de guerre, Göt Mitt Uns, les Français, plus laïcs, aussi font appel à Dieu : « tu priera bien Dieu pour moi…j'ai confiance au bon Dieu et j'espère qu'il me protégera…et qu'il nous aidera à finir cette guerre bien vite » , où à la Sainte Vierge : « je vous remercie beaucoup de toutes vos bonnes prières qui m'assurent la protection de N.D. de Fourvière d'une façon si efficace » , d'une manière privée et individuelle.

Les moments de fête ne sont pas oubliés. Ce sont des moments importants de camaraderies et de défoulement : Noël est largement fêté et arrosé , mais aussi le réveillon du Nouvel An « dans la nuit patomine et réveil à deux heures du matin par des copains goguette qui viennent nous souhaiter la bonne année » . Ainsi le 31 décembre 1914 est fêté presque comme à l'arrière avec des paquets, des dindes ou des oies, « des wagons d'oranges, de pommes, de noix et de champagne en suplement. Les hommes auront demain une bouteille de champagne pour 4. Nous la ration est un peu plus forte, on a beaucoup de peine et ça nous fait du bien » . Le 31 décembre 1915, les hommes du 23e RI se prennent en photo de nuit à l'aide d'un flash. Il en est de même avec toutes les fêtes même la Toussaint : « je pense que vous avez bien fait la fête de la Toussaint ; parsque nous nous l'avons bien fait » .
Les fêtes ne sont pas que religieuses mais aussi et civiles. Le 8 et 9 juillet 1917, les hommes du 23e RI se réunissent dans un village peuplé afin de commémorer la victoire de la Fontenelle ou le 1er septembre 1917 fête des troupes coloniales où des tournois sportifs ont lieu. Pour les poilus participer à ces fêtes patriotiques n'est pas dénué de sens : « nous avons la chance d'assister a une agréable fête (la 1ère fête française dans ce pays Alsacien) c'est Monsieur Poincaré qui fait distribuer a tous les enfants du pays des jouets, bonbons, etc. Dans une salle archicomble tous les enfants en dimanche avec un drapeau tricolore à la main…chantent des chants patriotiques en Français sous la conduite des soldats qu'ils ont eu comme instituteurs…je m'en rappelerai toute ma vie et j'y suis allé de ma petite larme comme les autres » .
Un puissant symbole moral et psychologique, outre l'honneur, pousse les poilus jusqu'à l'héroïsme : le drapeau. Ce dernier, dans le monde militaire, revêt un symbolisme particulier. C'est un symbole puissant d'attachement à la Nation qui véhicule l'esprit de corps et de tradition du régiment : un rappel de l'honneur et du sang précédemment versé.
Les revues, les citations et les remises de récompenses sont différentes manières d'entretenir l'esprit militaire et de contribuer à garder le moral des troupes en état sous la coupe militaire. Ces récompenses, dont ils sont fiers, sont recherchés par les soldats qui voient, dans ces moments de cohésion, une reconnaissance de leur état à travers ces distinctions accordés par leurs chefs : « mon officier doit venir…aujourd'hui. Il a été décoré il y a quelques jours de la Croix de Guerre et cité à l'ordre de la division pour le bon fonctionnement de son ravitaillement (grace à nous) »
Pour les photographes c'est le moment de pouvoir saisir un ensemble de camarades à la lumière et dans l'espace.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Les effets de la Grande Guerre en Suède : pays neutre dans la tourmente

Par Jean Marie « SB40 » Gillet
Membre de Mémoires de l'Ain 39-45
Administrateur de http://journey-of-the-past.weebly.com/

Si la Suède se déclara neutre dès le début de la Première Guerre Mondiale, cela ne l'empêchera pas d'avoir à subir un rationnement alimentaire. Avant de vous faire découvrir ces documents, plongeons nous un peu dans les grandes lignes de l'histoire socio-économiques Suédoise.
Alors que la Première Guerre Mondiale éclate, la Suède déclare puis confirme sa neutralité face au conflit. La France et l'Angleterre s'engagent à la respecter immédiatement, mais dans le doute, le pays déclare une mobilisation partielle. 15 jours après l'Allemagne l'accepte à son tour. Cependant rien ne sera simple et pour cause, la Suède continue à exporté la majorité de son minerai de fer vers l'Allemagne, ce qui déplaît fortement à l'Angleterre qui déclare cela comme de la contrebande. Les cargos suédois sont soit arraisonnés, détournés voir même coulés ! Ces mesures créez deux profonds débats au sein de la population :

  • L'Angleterre a-t-elle raison de prendre ces mesures ?
  • Les industriels Suédois doivent-ils continuer à fournir l'Allemagne aux vues de la situation ?

Un compromis est finalement trouvés en décembre avec la France et l'Angleterre et les postions politiques sur la distribution de minerai est assouplie.
Dès 1915, l'Allemagne tente de rallier la Suède à sa cause, ce qui crée une nouvelle polémique au sein de l'opinion général : la violation de la neutralité Belge par l'Armée Allemande a été très mal perçue mais la Russie parait plus hostile ce qui est bien plus inquiétant… de plus l'Allemagne étant le premier acheteur de minerai de fer… Cependant la Suède garde sa neutralité, même si cela inquiète les forces alliées.
Le 13 Mars 1916 la Suède promulgue une loi sur le commerce en temps de guerre (Krigshandelslagen) qui permet à l'Etat suédois d'avoir un contrôle total et strict sur les importations et exportations. Les anglais, dont le commerce est mis en difficulté par cette loi et qui voit un danger sur le commerce avec l'Allemagne, intensifie immédiatement son blocus contre la Suède. En mai, les russes s'installent sur l'île d'Åland (terre Finlandaise entre la Suède et la Finlande), ce qui déclenche la colère du parlement suédois et remet temporairement en cause la neutralité suédoise. La question du rationnement commence à être traités par le gouvernement.
Le renforcement du blocus commence à crée de plus en plus de problèmes de rationnements dans le pays. Alors des négociations avec ″l'entente″ (Russie-France-Angleterre) mais cela n'empêche pas le début du rationnement dès janvier 1917 pour le pain alors que la pénurie alimentaire s'accentue. A la fin du même mois l'Allemagne se lance dans la guerre sous-marine à outrance, donnant ainsi le coup de grâce au commerce extérieur de la Suède.
Le lait, le sucre et le café commence à faire aussi défaut.
En Mars 1917, une crise politique est déclenchée, le gouvernement en place est obligé de donner sa démission. Ce qui déclenche une crise sociale en Avril avec de nombreuses manifestations publique contre le rationnement et la hausse inconsidéré des prix, des pillages débutent dans des magasins d'alimentations et les émeutes suivent immédiatement. Les soldats finissent par manifester eux aussi... Certaines garnisons font des gréves répétés dans les grandes villes et près de 20 000 personnes ce mobilisent devant le parlement...ce qui aggrave la crise politique. Une lueur d'espoir vient en mai 1917 quand le gouvernement suédois passe un contrat d'expédition avec l'Angleterre, ce qui débloque légèrement la situation économique du pays. Mais en Octobre, la population de l'île d'Åland, qui est sous gouvernement finlandais, veut son rattachement à la Suède. Ce qui crée une crise diplomatique entre les deux pays. Celle-ci s'aggrave quand la Finlande, craignant les effets de la Révolution Russe, se proclame comme un état souverain. Comme si la crise politique et le manque de rationnement ne suffisait pas, la grippe espagnole fait 38 000 morts en suède.
En Janvier 1918, la Suède n'a pas d'autre choix de reconnaitre la souveraineté Finlandaise, car cette dernière est au bord de la guerre civile. La crise d' Åland s'accentue quand l'Allemagne envahi l'île pour trahison car celle-ci à demander à être rattaché à la Suède. La situation alimentaire de la Suède est si mauvaise, que le gouvernement n'as pas le choix que d'entamer des négociations avec l'Angleterre. Le pays obtient le droit d'importer du charbon et des céréales à la condition qu'elle diminue son export à destination de l'Allemagne. Alors que l'armistice est déclaré le 11 Novembre 1918, la situation de la Suède n'est pas changée, de plus la crise d' Åland est toujours d'actualité ainsi que la rationnement qui c'est déja étendu et s'étendra encore sur les pommes de terres, l'alcool ménager et divers autres produits.

l'après Grande Guerre

L'armistice signé le 11 novembre 1918 n'est pas synonyme de retour à la vie civile pour les poilus. En effet, dans un premier temps le 23e R.I. occupe la Rhénanie. Les démobilisations commence dès le mois de décembre 1918 et se poursuivent en 1919 avec le retour des soldats des classes les plus anciennes qui ne font plus partis de l'armée d'active, composée des classes 1918 et 1919.
C'est le 10 et le 24 août 1918, que le 23e R.I. et le 133e R.I. rentrent à Bourg et Belley, après avoir eux leurs drapeaux décorés de la Légion d'honneur pour le premier et de la Médaille militaire pour le second. Leur retour donne lieu à une fête populaire et l'érection d'antiques arc de triomphe sous lesquels passent les Poilus au défilé, qui se termine à Bourg par un repas offert par la municipalité.
Dès 1919 des communes de l'Ain, comme des amicales et des associations, décident d'honorer leurs morts et disparus par la pose de plaque, comme en 1871, mais aussi la construction d'un monument de pierre. Réglementé par la circulaire ministérielle du 10 mai 1920, la construction aux monuments aux morts dans l'Ain, financés par les mairies, des souscriptions et des dons, s'étale du 23 novembre 1919 à Peyrieu, à 1925 à Bourg.
Dès le 31 mars 1919, une loi ouvre des soins médicaux, chirurgicaux et pharmaceutiques aux mutilés et aux réformés de la Grande Guerre. Dès mars et avril 1920, les listes de bénéficiaires des communes sont envoyés par les maires au préfet.
De leurs côtés, les anciens combattants se structurent dès 1917 au sein de l'Amicale des Mutilés. Cette dernière devient Union Fédérale des Combattants le 25 mai 1919 en acceptant en son sein les anciens combattants non mutilés et les veuves regroupant ainsi 9 778 adhérents en 1919. A Saint-Rambert, c'est l'Union Nationale des Combattants qui voit le jour en octobre 1919 et qui regroupera 3 574 adhérents avec objectifs l'entretien de la camaraderie mais aussi la défense de leurs intérêts.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

le Souvenir, le devoir de Mémoire

Avec le temps et la mort du dernier poilu français, la Grande Guerre est entrée dans l'Histoire. Mais une histoire encore vivante dans bon nombre de famille où la trace des combattants de la Grande Guerre est encore présente dans les mémoires et dans les papiers. En effet, les photos de ces poilus, extrêmement nombreuses, subissent dès la paix retrouvées les affres du temps et des hommes.
Alors que dès la fin des combats, Roch Chapel, au sein de l'amical des anciens du 23e, fait une œuvre de collecte et de sauvegarde mémorielle de sa division et de son régiment, le 23e régiment d'infanterie, auprès de ses frères d'armes comme Yves Troadec ou le docteur Saint-Pierre , beaucoup des clichés de poilus se retrouvent stockés et mis de côté pour être sorties en de rares occasions pour ne plus l'être. En effet, si elles sont plus ou moins bien conservées matériellement par leurs auteurs, leurs destinataires, les témoins et parties prenantes des événements qu'elles retranscrivent, ces photos, une ou deux générations plus tard, subissent le passage du temps. En effet, elles subissent le désintérêt des descendants qui entraîne une destruction ou une dilapidation de cette mémoire. Elles subissent aussi un éclatement géographique par les mouvements migratoires de leurs propriétaires, coupant ces photos de leur racines locales, leur enlevant ainsi de la valeur historique, déracinant leur lecture et leur intérêt.
A côté des photos subsistent les lettres et les différents écrits qui avec le temps sont passés de souvenirs parfois encombrants à des souvenirs de famille qui se gardent comme une mémoire des souffrances et de l'engagement. Ces lettres deviennent alors des relais intergénérationnels et des documents d'archives historiques à travers lesquelles, la mémoire, mais aussi l'étude est possible . Car le poilu n'est pas un soldat comme les autres et avec le grognard du 1er Empire, ils sont les seuls soldats français à avoir reçu un nom dans l'imaginaire collectif de la Nation, ce qui en dit long sur la considération à leur égard.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Le 11 novembre dans le Monde

Par Jean-Marie Gillet, membre de Mémoires de l'Ain

Le 11 novembre 1918 à 5h15, dans un wagon stationné dans la forêt de Compiègne en France est signé l'armistice. Ceci marque la fin des combats de la première guerre mondiale, marquant la victoire des alliés et la défaite totale de l'Allemagne. Bien que signé tôt le matin, le cessez-le-feu est effectif à 11h00. A cette heure, toutes les cloches des églises et les clairons de France sonnent la fin de cette guerre.
Nous ne traiterons pas des généraux présents, des conditions du traités de paix, ni même du traité de Versailles qui s'en suivra mais dont la façon que cet armistice est fêter depuis.

Etats-Unis d'Amérique:
Aux Etats-Unis, le 11 novembre est célébré par le ″ Veteran Day″ qui rend hommage à tous les vétérans américains.
Originalement ce jour est l' « Armistice Day » qui est promu le 11 novembre 1919 par le président Woodrow Wilson et est adopté par le congrès le 04 juin 1926, le congrès demande par ailleurs au président Calvin Coolidge d'émette une proclamation pour que cette journée soit accompagné de cérémonie officiel. L'Armistice Day devient un jour férié le 13 mai 1938.
En 1953, Alfred King, un propriétaire de magasins de chaussure du Kansas à l'idée d'étendre l'Armistice Day à tous les vétérans américains et pas seulement à ceux ayant servi à la première guerre mondiale. Pour ce faire, il fait une campagne dans ce sens avec l'aide des anciens combattants américains. Un projet de loi est proposé au congrès, ce projet à l'aval du président américain Dwight Eisenhower qui signe la modification le 26 mai 1954 ; le Congrès le valide le 1e Juin 1954.

Commonwealth
Dans les pays du Commonwealth, ce n'est pas le bleuet qui est le symbole de cette journée, mais le coquelicot. Le jour du souvenir est l'occasion de vendre des coquelicots en papier aux profits des anciens combattants. Le coquelicot est choisi suite à un poème du lieutenant-colonel John McCrae : In Flanders Fields et par sa couleurs rouges rappelant le sang versés par les soldats. Les coquelicots sont généralement vendu fin octobre et sont portés jusqu'au 11 novembre. Les vétérans anglais venaient déposés des coquelicots sur les champs de batailles français avec leurs familles. Bien qu'il n'y ait plus de vétérans de la première guerre mondiale, la tradition est gardée par les familles.

Angleterre
En Angleterre, le 11 novembre est appelé « Remembrance Day » ou Poppy day, mais ce n'est pas un jour férié. Cependant une minute de silence est respecté dans le pays. Les cérémonies officielles ont lieu le dimanche le plus proche du 11 novembre. Cette tradition est initié par le roi George V en organisant un repas en l'honneur du président français le soir du 10 novembre 1919 et fêter sur le grounds de Buckingham Palace le matin du 11 novembre. La coutume s'éteignit peu à peu jusqu'à ce qu'une campagne pour sa renaissance eu lieu en 1990.

Irlande du nord :
Le jour du souvenir est observé de la même façon que l'U.K mais une tendance politique se détache lors de ce jour car elle est associée généralement aux syndicalistes et la plupart des nationalistes et républicains ne se joignent pas aux commémorations publiques. Cet effet est imputé aux répressions britanniques durant les conflits entre les deux pays. On notera qu'en 1987, une bombe de l'I.R.A fit 11 morts juste avant une cérémonie de la journée du souvenir à Enniskillen. Le gouvernement d'Irlande du Nord mit en place une journée nationale du souvenir pour tous les soldats irlandais en juillet.

Canada :
Le jour du souvenir canadien est le 11 novembre, le jour férié étant fixé au 2e lundi du mois de novembre pour 6 des 10 provinces. Le parlement fédéral voulait modifier la loi du 11 novembre pour en faire un jour férié fédéral, mais elle n'aboutira pas. Le ministère fédérale des anciens combattant canadien indiqua que pour eux, le 11 novembre est "un jour de souvenir pour tous les hommes et les femmes qui ont servis et continuent de servir leurs pays durant le temps de guerre, les conflits et la paix″.
Les cérémonies officielles sont tenues aux monuments commémoratifs de guerre à Ottawa et présidé par le gouverneur fédéral du Canada.

Afrique du Sud :
Ce n'est pas un jour férié et les cérémonies ont lieu généralement le dimanche le plus proche du 11 novembre. Des cérémonies officielles et des défilés sont organisés ainsi que l'observation de deux minutes de silence. La veille, la légion de vétéran sud-africain organise une collecte d'argent au profit des vétérans.

Australie :
Ce n'est pas un jour férié, mais le remembrance Day reste fixé au 11 novembre, une ou deux minutes de silence est observés. Les autorités du pays effectuant une cérémonie pour la mémoire des soldats, une gerbe de fleur est déposée à Kings Parks sur la « flamme éternel » en Australie Occidentale.

Inde :
Habituellement la journée du 11 novembre est marquée par des cérémonies dans les casernes militaires et certains services religieux sont tenus. Le cimetière de guerre de Delhi marque aussi cette journée. Cependant elle n'est pas respectée partout dans le pays du fait qu'ils s'agissent d'une colonie.

Iles Maurice :
Des mauriciens ont participés à la première guerre mondiales et n'ont jamais pu retourner dans leurs pays. En 1916, le gouverneur de l'île Maurice rencontre un artiste londonien et lui commande un monument en bronze représentant un soldat français et un soldat anglais. Le monument est finalement inauguré le 15 avril 1922, qui devient un jour férié. Chaque 11 novembre des fleurs sont déposées au pied de ce monument pour célébrer le jour du souvenir.

Nouvelle Zélande :
La journée Nationale de commémoration est le 25 Avril. Si la journée du souvenir est célébrée à cette date est due… à un retard de livraison !
En 1921 des coquelicots en papier sont commander pour le 11 novembre, mais la cargaison arrive trop tard pour la cérémonie. Le pays ayant de nombreux poppies en papier, il le redistribue à la population le 25 Avril, jour de l'Anzac Day (fête nationale) et cette tradition resta ainsi. Le jour du souvenir fut observé durant l'entre deux guerre, mais était une fête moins importante à célébré que la fête national. Finalement ce jour est de moins en moins respecté et a failli disparaitre. Le 10 octobre 2004 un des 18 166 soldats néo-zélandais, dont l'identité n'est pas connue; est exhumé du cimetière « Caterpillar Valley » en France et rapatrié en Nouvelle-Zélande où il est inhumé le 11 novembre 2004 lors d'une grande cérémonie sur Buckle Street à Wellington. Cette action relança le jour de mémoire dans ce pays.

Bermudes :
Les Bermudes envoyèrent la première unité coloniale britannique sur le front occidental en 1915 et durant la seconde guerre mondiale, elle envoya plus de soldats dans la guerre que n'importe qu'elle autre colonies. Le jour du souvenir reste un jour important. Le 11 novembre, une grande parade est organisée, les forces Canadiènnes, l'US Army, l'Air Force, et la Navy, ainsi que divers corps de cadets et autres services militaires marchent ensembles avec les vétérans. En 1995, la fermeture des bases Anglaises, Canadiennes et américaines fait que la parade est moins importante mais toujours présente. Un autre défilé, de moindre taille, est aussi organisé à Saint-Georges.

En Europe

En France :
L'idée de célébré l'armistice en France nait en 1920 en France, où le parlement français décide de rendre hommage aux victimes non identifier de la guerre. Afin de ce faire, le gouvernement français regroupe 8 soldats français non identifié mort durant la guerre sous l'uniforme français. Ces 8 corps anonymes sont exhumés dans 8 régions différentes où se sont déroulés les combats les plus meurtriers : Flandres, Artois, Somme, Ile-de-France, Chemins des Dames, Champagne, Verdun et Lorraine. Pour être sûr qu'un mort ne soit pas « préféré » à une autre, l'opération est menée dans un grand secret et les 8 cercueils sont placés dans une des casemates du fort de Verdun le 9 Novembre 1920. Le lendemain, ils sont placés dans une chapelle ardente en deux colonnes de 4 cercueils. La garde des cercueils est confiée au 132e Régiment d'Infanterie, la cérémonie est sous la direction d'André Maginot, un ministre français ; parmi les soldats du 132e R.I il choisit au hasard un soldat qui doit décider lesquels des cercueils : Auguste Thin, un jeune deuxième classe de 21 ans, engagé volontaire en 1919, fils d'un soldat français disparu durant la guerre. Il regarde les cercueils, part sur sa droite, passe la première colonne, va sur la deuxième et porte son choix sur le 6e cercueil :
« Il me vint une pensée simple. J'appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c'est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai. »
— Auguste Thin
Le cercueil quitte Verdun dans la journée pour être transféré à Paris. Il est ainsi placé sous l'Arc de triomphe à Paris lors d'une cérémonie le 11 novembre 1920, mais il ne sera réellement mis en terre que le 28 janvier 1921. La fameuse flamme qui orne la tombe ne sera installée que le 11 novembre 1923 et sera allumé par André Maginot.
Le 11 novembre devient officiellement un jour férié en France le 24 Octobre 1922 : la journée du souvenir. Une cérémonie annuelle est dès lors organisée dans les communes françaises et des monuments aux morts avec les anciens combattants, les élus locaux, une fanfare. Deux minutes de silences sont respectées à la 11e heures du 11e jour, du 11e mois.
Des monuments aux morts sont installés dans les communes sous différentes formes, où l'on peut lire les noms des soldats morts durant cette guerre. On y rajoutera plus tard les noms des soldats morts durant la seconde guerre mondiale, les guerres d'Indochine et d'Algérie et les conflits les plus récents. Entre 1920 et 1925 ce sont près de 36 000 monuments aux morts qui sont édifié dans les communes françaises.
Une fleur symbolise ce jour : le bleuet, qui est le symbole de mémoire des anciens combattants, des victimes de guerres, des veuves et des orphelins. Durant cette journée des bleuets sont vendu : sous forme de sticker, de fleur en papier ou naturelles et ce aux profits des anciens combattants.

Belgique :
Comme pour la France, la Belgique fête l'armistice entre les Alliés et l'Allemagne et de nombreuses cérémonies sont organisées. Le 11 Novembre 1922, à Bruxelles, au pied de la Colonne du Congrès est entérré le soldat Belge Inconnu, mort durant la première guerre mondiale. La cérémonie pour choisir le corps est sensiblement la même que celle qui eut lieu en France : 5 soldats inconnus venants des 5 principaux champs de batailles belge. Le cercueil choisi fût enterré sous une dalle de la colonne et une flamme éternelle est installée.

Allemagne :
L'Allemagne ne pouvaient pas fêter une si grande défaite, et n'avait pas les moyens financiers ni politique de s'occuper des tombes de ses soldats. Alors en 1919 ce sont 8 berlinois qui versent 100 marks chacun pour l'entretien des tombes et fonde l'association de droit allemand : le « Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge » soit la journée pour l'entretien des sépultures militaires allemandes. Devenue le «Volksbund», l'association s'étend actuellement sur 45 pays et comptait en 2013 pas moins de 114 098 membres payants. L'association prend en charge et entretient les tombes allemandes de tous les conflits.
En 1920 est proposé le « Volkstrauertag », le jour national de deuil. Cette dernière ne sera fêtée qu'à partir de 1926 et fixé au deuxième dimanche avant le premier dimanche de l'Avent, soit 5 à 6 semaines avant Noël.

Italie :
L'Italie fête le « Giorno dell'Unità Nazionale delle Giornata Forze Armate » (Le jour de l'unité National des forces Armées) le 4 novembre afin de se souvenir des morts pour la nation. Ce n'est plus un jour férié depuis 1977 et actuellement de nombreuses cérémonies sont organisées le premier dimanche de Novembre.

Danemark :
Le 5 septembre 2009, la royauté danoise institue la journée des anciens combattants qui ont servi durant tous les conflits.

Norvège :
Le « Veterandagen » (la journée des veterans) est institué en 2010 et est observé depuis le 8 Mai 2011. La royauté norvégienne reconnaissant l'effort des vétérans durant la seconde guerre mondiale et les initiatives de maintiens de la paix dans les interventions international dont notamment aux côtés des Nations Unis.

Pologne :
Le 11 Novembre coïncide avec la fête nationale de l'indépendance car la fin de la première guerre mondiale permit au polonais de retrouver la liberté et d'unir de nouveau leurs pays. C'est un jour extrêmement important et de grandes cérémonies sont organisées avec la présence des plus hauts membres du gouvernement. Des cérémonies religieuses, scolaires et publiques sont aussi organisées.

Pays-Bas :
Le remembrance day est fêter le 4 Mai, mais ce n'est pas un jour férié. Les cérémonies rendent hommages aux civils et aux militaires tombés depuis la seconde guerre mondiale. Les principales cérémonies ont lieu à Waalsdorpervlakte, Grebbeberg & Amsterdam où ont lieu deux minutes de silence à 20h00. Le lendemain est fêté le jour de la Libération.

Ailleurs dans le Monde

Hong-Kong :
le « remembrance Sunday » était un jour férié, mais a été annulé en juillet 1997. Malgré ça, un service commémoratif est effectué dans la ville de Central par des associations d'anciens militaires et des membres du gouvernement, ainsi que des représentants religieux.

Israël :
Il y a deux cérémonies : la première est la plus grande des deux et se déroule dans Jérusalem au cimetière de guerre Britannique, le samedi précédant le « remembrance Sunday » organisé par le consulat Britannique avec la présence de vétéran de la WWII. La seconde à lieu durant le « remembrance Sunday » à Tel Aviv et est organisé par l'ambassade Britannique.

Les autres armistices

29 Septembre 1918: Armistice entre les armées alliées et le Royaume Bulgare qui stoppa le conflit du front d'Orient.

30 Octobre 1918: Armistice de Moudros entre les armées alliées et l'empire Ottomans qui étaient allié des allemands.

03 Novembre 1918: Armistice de Padoue entre l'Italie et les Austro-Hongrois (Alliés des Allemands).

1919 : la grippe espagnole

La pandémie de grippe espagnole de 1918 et1919 a été la plus désastreuse des épidémies de grippe jamais documentée, tuant plus de 20 millions de personnes de par le monde. Ce fut, d'après J.I. Waring, "le plus grand holocauste médical de l'histoire".

La géographie de la grippe espagnole
Apparue au début de 1918 en Chine, l'épidémie se propage rapidement aux Etats unis. En l'espace d'une semaine, l'ensemble de l'Amérique du Nord était touché. Le déploiement massif des forces armées américaines et des troupes coloniales d'Asie en Europe facilite la propagation du virus sur le vieux continent. La première vague de grippe espagnole arrive à Bordeaux en avril 1918 avec les troupes américaines. L'épidémie se répand d'abord dans le sud de la France, fin avril, puis dans le nord, début mai. Toute la France est touchée à la fin mai. En août 1918, une seconde vague arrive en France par Brest et se répand encore plus rapidement, d'abord vers le nord de la France, puis vers le sud. Toutefois, en France, une rumeur se répand. La maladie viendrait de boîtes de conserve importées d'Espagne, dans lesquelles des agents allemands auraient introduit des microbes. Cette rumeur est typique d'une psychose collective qui fait voir partout la main de l'ennemi, d'où le nom de grippe espagnole.

En Suisse
A Genève, en Suisse, l'épidémie de grippe espagnole touche plus de 50% de la population , entraînant un impact socio-économique très important, l'épidémie entraînant de graves disfonctionnements, y compris dans les services sanitaires. A Genève, les mesures prises et les interdictions sont sévères : aucune activité de loisirs regroupant plusieurs personnes n'est autorisée. Dans certains cantons, les cafés et les restaurants se voient imposer une réduction des heures d'ouverture. Les théâtres, les cinémas, les dancings et les salles de bals sont temporairement fermés, des spectacles annulés. Même les églises sont fermées. A Lausanne, certains services religieux ont été proposés dans les parcs publics, mais ces rassemblements furent rapidement interdits par la suite. A Genève, deux prêtres reçoivent des amendes pour avoir prêché malgré l'interdiction de rassemblement. Les écoles sont fermées.

Dans l'Ain
Dans l'Ain, l'impact est beaucoup plus faible. En effet, depuis le 25 janvier 1917, le préfet de l'Ain est occupé à vacciner les étrangers venant en France par Bellegarde et 15 % de la population, et notamment les enfants, contre la prophylaxie de la variole. Durant l'été 1918, une campagne de désinfection a lieu. Dans l'arrondissement de Nantua, l'éloignement de certaines communes donne lieu à des problèmes d'application de la désinfection dont se plaint le sous préfet, le 27 juin. L'annonce de la grippe espagnole ne semble pas perturber une gestion publique du tout à la guerre, puisque dans les recueils des actes administratifs de 1918 aucune mention n'est faite par rapport à la grippe espagnole. Cette dernière ne donne lieu dans l'Ain, en septembre 1918, qu'à des mesures de cloisonnements des enfants et de désinfection de bâtiments sensibles, comme les écoles, fermées par ordre du préfet jusqu'au 13 novembre. Pour combattre l'épidémie, le préfet semble s'appuyer ouvertement sur le service de désinfection, créé en 1910, et le conseil d'hygiène départemental. Il faut attendre le 20 septembre 1918, pour qu'une annonce publique parue dans la Voix de l'Ain, annonce l'émergence d'une grippe en Espagne. Malgré une réunion du conseil d'hygiène départemental, le 18 septembre, qui constate le peu de cas et d'effet de la grippe dans le département, les hygiénistes et les services spécialisés de l'Ain se doutent de la propagation du virus grâce aux lieux clos et populeux comme les casernes, les écoles et les refuges . Après avoir informé le public par l'intermédiaire de la presse, les premières mesures sont prises par le maire de Bourg, le 12 octobre, qui fait fermer les lieux publics comme les écoles et les théâtres. Malgré une décroissance des cas dès le 10 octobre 1918, le 26 octobre, le préfet, à l'instar des genevois, fait fermer les cinémas et les théâtres du département et les désinfections au formol, en Dombes, augmentent.

Malgré un taux de mortalité élevé, la grippe espagnole n'a que très peu de prise sur la mortalité de l'Ain qui, reculé des axes de contagions par Bordeaux et Brest, voit sans doute les mesures antivarioliques de 1917 et les mesures de cloisonnements de l'automne 1918, être efficaces quant à la propagation du virus et son impact sur les populations, touchées mais mas mises en danger.

Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1915

la mobilisation en Provence : l'exemple de Salon

Dès le jour même de la mobilisation, dans le soucis évident de ne pas favoriser des troubles de l'ordre public qui pourrait être due à ce moment de flottement où des esprits pourraient s'échauffer, le sous-préfet d'Aix, sur demande du préfet des Bouches-du-Rhône, informe le maire de Salon, à 19h, de « mettre en sursis d'appel, suivant la circulaire du 9 décembre 1912, les commissaires de police municipaux...et les agents de police de toute nature » .
Les directrices des écoles les demoiselles Flayol & Boyer, dans leur Répertoire historique, relatent l'annonce de la mobilisation générale en ces termes : « A 4 h 1/2 nous nous séparions de nos collègues, le cœur serré, anxieuses de ce que nous réservait le lendemain. Un instant après, une femme de service sonnait à la porte et, la figure décomposée, prononçait textuellement ces paroles : « "Mauvaise nouvelle, mobilisation générale". Au bout de quelques minutes, le clairon retentissait dans toutes les rues et au milieu d'un silence effrayant, le crieur public lisait le décret de mobilisation. Malgré notre émoi, nous sommes sorties immédiatement : la désolation était générale». Elles poursuivent en expliquant : « A Salon, le premier départ était fixé à 4 heures du soir, le dimanche 2 août ; la municipalité et la musique ont accompagné nos compatriotes à la gare. Tous sont partis vaillamment, tristes de quitter leurs famille, mais acceptant courageusement leur devoir et décidés à l'accomplir. », et concluent : « En résumé, la mobilisation s'est effectuée à Salon dans le calme et le recueillement et malgré la douleur de tous, pas une parole ne s'est élevée contre les nécessités de la situation».
Dès la divulgation de la nouvelle, le maire Julien Fabre prend immédiatement des mesures d'urgence, qu'il expose lors du premier Conseil Municipal de guerre le 8 août 1914 : celle datant du 4 août 1914, « enjoignant les boulangers de ne fabriquer et ne mettre en vente que du pain rond et plat » de 400 à 500 grammes ainsi que celles visant à assurer l'alimentation de la population et l'assistance aux familles rendues nécessiteuses par le départ des hommes. Dans son discours d'ouverture, il appelle les membres du Conseil et les Salonais à se rassembler au-delà des classes et des partis pour surmonter les heures difficiles que la ville va devoir affronter.

L'infanterie de ligne est l'arme de destination des mobilisés.
En effet, à Salon-de-Provence, 37% des mobilisés des classes 1907 à 1910 y servent. Les régiments sont essentiellement ceux du XVe corps : 58e RI d'Avignon, 61e RI d'Aix, 111e RI d'Antibes, 112e RI de Toulon et 141e RI de Marseille.
12% des mobilisés salonais des classes 1907 à 1910 le sont dans l'artillerie, principalement les 38e et 55e régiments d'artillerie de Nîmes et d'Orange mais aussi le 2e régiment d'artillerie de montagne de Nice.
9% des mobilisés salonais des classes 1907 à 1910 sont appelés en août 1914 dans les troupes coloniales et les zouaves. Les troupes coloniales bien que ne faisant pas parties du XVe corps de l'armée qui est constitué des troupes du Midi, ont leur dépôt dans la 15e région militaire.
7,5% des salonais des classes de 1907 à 1910 mobilisés en août 1914 servent dans les bataillons de chasseurs à pied ; les 6e, 7e, 23e et 24e bataillons de chasseurs à pied se trouvant à Nice, Draguignan, Grasse et Villefranche.
6,5 % des mobilisés salonais d'août 1914 des classes 1907 à 1910 sont appelés dans le génie, principalement le 7e régiment à Avignon.
5% des mobilisés salonais des classes 1907 à 1910 en août 1914 servent dans la cavalerie : notamment le 6e hussards à Marseille.
Reste les mobilisés de ces classes qui, à l'été 1914, entrent dans la marine, les infirmiers, les sections de commis et ouvriers d'administration et le train des équipages du 15e corps.
Toutefois ces affectations ne sont pas définitives.

Le bleu ciel de l'automne 1914

Afin de pourvoir en habillement les hommes, et après les pertes de l'été, l'effort des confections est mis sur les capotes, les képis et les pantalons. Toutefois, dès le 24 octobre 1914, le ministère de la guerre fait le constat de l'échec du pantalon garance et dans une circulaire il préconise que « le pantalon sera de couleur bleue, soit qu'il soit confectionné en étoffe bleue, soit que confectionné en drap garance ou autre il soit recouvert d'un second pantalon en toile bleue » . Il faut en effet, suite aux écatombes de septembre, « cacher le rouge », mais aussi désormais que la guerre se ralonge, « protéger le pantalon de drap contre l'usure, garantir mieux l'homme contre le froid et l'humidité » . A cette mesure s'ajoute l'apparition du drap gris bleuté clair, « réservé pour la confection des capotes et des képis ». Les pantalons et les vestes peuvent être fabriqués avec des velours de coton et de draps réglementaires de teinte neutre.
Cette recherche du camouflage touche aussi les troupes d'Afrique le 25 octobre. Ils perçoivent dès lors des capote du modèle de l'infanterie en drap, plus chaud, des couvre chéchia, un pantalon kaki et une veste kaki. La perception se faisant par échelon « au fur et à mesure des livraison » , l'armée reste économe de ses effets et de ses deniers, le ministre de la guerre prescrit de transformer les pantalons des zouaves et des tirailleurs, en allégeant le sarouel du « drap qui se trouve dans l'entrejambe » .
Dès le début de la guerre, une portion de l'armée porte une veste de couleur bleu ciel. Il s'agit des hussards et des chasseurs. C'est le 9 décembre 1914, que la notice descriptive des nouveaux uniformes des troupes métropolitaines et coloniale donne le drap bleu clair comme drap uniforme. Ce drap est à la base le drap tricolore mis à l'essai vers 1912 à qui on enlève le rouge produit en Allemagne, restant composé de laine bleu-indigo et de laine-blanche. Cette notice introduit aussi une simplification de la confection de la capote notamment, pourtant déjà modifiée le 27 septembre. La vareuse est désormais toute arme et prend comme modèle la vareuse dolman des chasseurs alpins mais de couleur bleu clair mais avec un collet droit, sans doublure et dans parements aux manches. La culotte et le képi aussi deviennent toutes armes, sauf pour les troupes alpines qui voient leur béret conservé par circulaire du 21 mars 1915, en bleu ciel. Désormais seules les soutaches des pattes de col distingues les subdivisions d'armes. La confection de la capote des troupes à pied doit revenir à 3 francs, la vareuse à 3 francs 20 et le képi à 1 franc 50.
Toutefois le jonquille donné le 9 décembre 1914 à l'infanterie de ligne et aux Zouaves, est modifié le 16 avril 1915 pour prendre la couleur du drap de fond, « les écussons jonquilles étant abandonnés en raison de leur visibilité » .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

1909 - 1912 : des essais uniformologiques

Très tôt, sous la IIIe république, l'Etat-Major français songea à modifier la tenue et l'équipement de l'Armée de terre. Il fut d'abord question de doter la cavalerie légère de casques, puis de doter l'ensemble de l'armée d'une tenue de teinte uniforme, se confondant dans le paysage. Les casques présentés ici s'inscrivent dans ce mouvement général. Durant l'été 1914, si l'Etat-Major français est bien coupable c'est d'avoir trop longuement retardé le choix d'une nouvelle tenue, dans l'attente du produit parfait.

Les premiers essais de 1897 à 1909
On peut faire remonter à 1897 les premiers essais faits en France pour renouveler la tenue des troupes. Ils correspondent à un mouvement plus large dans notre armée visant à aligner l'équipement sur celui des autres puissances : l‘Empire britannique et les Empires centraux en particulier, notamment la Prusse, plus avancées que la France dans ce domaine.
Mais, c'est en 1903 que l'on expérimente pour la première fois en France une tenue entièrement nouvelle. Connue sous le nom de « tenue boër », elle s'inspire largement des images que les correspondants de guerre diffusaient de la guerre du Transvaal, en Afrique-du-Sud et peut-être du retour d'expérience de certains français partis se battre contre les Anglais. Expérimentée au 28e régiment d'infanterie, cette tenue est monochrome, d'une teinte tirant sur le gris-bleu ou le bleu pâle ; le pantalon rouge est supprimé. Toutefois l'ensemble ne convainc pas l'Etat-Major, qui pense trouver encore mieux.
De fait, en 1906, on essaye une nouvelle tenue, fondée sur le même principe, de teinte beige-bleu cette fois ci. Essayée aux 43e et 72e régiments d'infanterie, cette nouvelle tenue n'est pas retenue, sans qu'il soit possible de savoir pourquoi. Des essais plus limités ont lieu au 131e régiment d'infanterie en 1909 mais n'aboutirent à rien.
Pendant ce temps, les britanniques adoptent le kaki en 1900, les Allemands le « feldgrau » en 1907, les austro-hongrois le gris-bleu en 1919 et les russes le gris-verdâtre en 1910 !

La tenue réséda 1910-1912
En 1910, une nouvelle commission, présidée par le général Dubail est constituée. Elle met à l'essai une tenue de teinte uniforme, baptisée « tenue réséda ». Lors des guerres balkaniques, Messimy revient en France convaincu de l'importance de doter l'armée française d'une tenue de teint uniforme capable de se fondre dans le terrain.
La couleur, vert-brun, n'emporte pas l'enthousiasme à cause de sa trop grande parenté avec la teinte des uniformes allemands. Les tenants du pantalon garance et des uniformes « à panache », tel les peintres Edouard Detaille ou Georges Scott, la jugent « triste à pleurer ». Pourtant, la même année, deux personnages, parmi ceux qui deviendront les défenseurs les plus acharnés des tenues de combat aux couleurs voyantes, pourront, de leurs yeux et sur le champ de bataille, la supériorité des tenues monochromes se confondant avec le terrain. Tel Messimy et Georges Scott qui séjournèrent tous deux dans les Balkans pendant la guerre de 1912, le premier en tant que parlementaire et le second comme correspondant de guerre du journal l'Illustration.

Du projet Detaille au bleu Horizon 1912-1914
Le plus farouche défenseur de la tenue réséda, le ministre de la Guerre Maurice Berteaux, meurt accidentellement lors d'un meeting aérien. Son remplaçant, Messimy, revient sur les orientations prises par son prédécesseur et nomme une nouvelle commission au sein de laquelle se trouvent Edouard Detaille et Georges Scott, tous deux peintres militaires et tous deux attachés aux uniformes colorés.
Scott s'occupe de l'uniforme des cavaliers tandis que Detaille dessine celui des fantassins dans le « respect des vieilles traditions nationales » disait-il. Les deux artistes conservent l'association de bleu et de garance que le projet réséda avait tenté de supplanter. Puisant son inspiration dans les formes médiévales, Detaille dote le fantassin d'un casque rappelant la bourguignotte, élevée par celui-ci au rang de « vieux casque français par excellence ».
Lors de la revue du 14 juillet 1912, deux compagnies du 28e régiment d'infanterie présentent la tenue de campagne et la grande tenue, aux côtés de deux autres compagnies équipées en réséda. Mais, pas plus que le précédent, le projet Detaille-Scott ne connait le succès escompté.
La même année, on produit, sous la direction de Moureu, professeur au Collège de France et membre de la commission des Etudes et expériences chimiques du Ministère de la Guerre, un drap dit « drap tricolore ». Il était composé de 60% de laine bleue, 30% de laine rouge et 10% de laine blanche.
Pour des raisons étonnantes, ce projet ne connait qu'un début de réalisation. En effet, dès le début de la guerre, l'industrie textile française manque de la teinture nécessaire à la fabrication de la laine rouge. Celle-ci, à base d'alizarine, était produite en totalité …en Allemagne ! On se contente donc d'un mélange de bleu et de blanc qui devint le « bleu horizon ». Encore fallut-il d'abord résoudre le problème de la production du bleu indigo, produit, lui aussi par la firme B.A.S.F. (Badische Anilin und Soda Fabrik). Seule la mise sous séquestre d'une usine allemande implantée en France permit de résoudre le problème.

Le terrain d'entraînement des Lions du Bugey

Par Frédéric Lainé
Membre de Mémoires de l'Ain 39-45
Administrateur de https://fredlaine01.wordpress.com/

Le 133e RI reformé en 1873 vient prendre ses quartiers en 1878 dans les casernes Sibuet et Dallemagne à Belley.
Avant la déclaration de guerre et durant tout le premier conflit mondiale, les compagnies utilisent pour l'instruction du fantassins et son entraînement des terrains à proximités :
Fort de Pierre-Châtel,
Près d Belley,
D'Andert-et-Condon
Les Bois de Rothonne.
C'est dans ce dernier que les jeunes recrues sont instruits au creusement de tranchées et à l'organisation de celle-ci. Non loin de là, une butte et une tranchée sert à l'instruction aux tirs au fusil.
La tranchée d'exercices située dans la forêt communale de Rothonne à Belley est l'une des rares traces de ce type d'équipement que comptaient les forêts françaises dans la première moitié du XXe siècle. Etant donné l'éloignement des champs de bataille, il s'agit d'une tranchée d'entraînement (un même équipement est signalé dans la forêt de Blois pour le 113e RI).
A l'occasion du Centenaire de la 1er Guerre Mondiale, ce site a été restauré et un parcours pédagogique a été créé.

l'image du bleu horizon

Le bleu horizon façonne de manière durable la perception du soldat français de la Grande Guerre. Déjà, durant la seconde moitié du conflit, l'uniforme bleu horizon s'il dépersonalise le soldat par rapport à son arme, il unifie et fédère. En effet, avec une armée française composée des troupes métropolitaines et coloniales, l'uniformisation bleu horizon gomme les différences entre métros et coloniaux et tous ne considèrent le bleu horizon que comme la seule couleur et la seule valeur humaine et viril. Pourtant, pour certains « vieux poilus », l'arrivée de ce bleu horizon est vu avec demi enthousiasme voir septicisme : « on voulait donc échanger contre d'autres vêtements neufs et sans gloire, ces pantalons rouges, objets de leur fierté, qu'ils avaient, eux, les poilus du début, en ces jours de septembre » note le chef de bataillon Cader de Marseille. Pour ces vieux poilus, l'image lié à leurs pantalons garance est celle de la victoire de la Marne, « rouge de sang, encombrée des cadavres » ennemis.
Toutefois, à compter de 1915, l'héroïsme des masses de soldats, passif et sacrificiel, bien que mis en valeur par les contemporains, résiste à la mise en récit car il ne permet pas de personnifier le combattant. A ce déficit d'image valorisante voir héroïque, s'ajoute l'uniformisation du bleu horizon gommant encore plus les spécificités et participant grandement à une dépersonnalisation du poilu.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

le soldat d'en face : l'ennemi

L'ennemi, le barbare Huns, est un personnage complexe. Complexe, car il souffre comme le Poilu, mais compliqué car le Boche n'est pas le soldat d'un seul pays.
En effet, l'entité allemande est floue pour le Poilu de la République Française, à cause de la diversité des états allemands et le nombre de leurs armées : Prussiens, Bavarois, Saxons, Wurtembourgeois qu'un uniforme toutefois unifie et qui est coiffé jusqu'en 1916 du casque à pointe, le Pickelhaube, caractérisant sa silhouette. Pour simplifier cela, on utilise un mot datant de 1905, énergique, plus rude et moins usé que le Prusco de 1870, le Boche.
Tour à tour frère de misère et adversaire, le Boche est une entité qu'il faut humaniser pour le vaincre et déshumaniser pour se donner la volonté de l'abattre.
Le montrer harassé et vaincu témoigne de la puissance du poilu, le montrer valeureux et prisonnier met en scène la force du poilu. Le montrer c'est justifier sa présence et son combat aux yeux de l'arrière et de ses frères d'arme.
L'allemand, dépersonnalisé, est souvent un cochon : symbole d'une armée encore rurale qui prend ses repères dans sa culture qui humilie et dévalorise son adversaire.
Se parer des attributs du Boche, son casque, son drapeau c'est la caricaturer en l'imaginant mais, ramener des prises de guerre allemande c'est aussi prouver son courage aux autres.
La langue allemande est aussi dans le répertoire de l'Ennemi, du moins dans celui de l'Anti-français et des idées de la République. De fait, le parler français, pour les poilus, est un des moyen avec la nourriture, de jauger les territoires libérés et la qualité de leurs habitants : « les deux vieux parlent assez bien le français, mais les jeunes parlent tous le patois Alsaciens qui ressemble tout à fait à l'Allemand » .

En France, les ressortissants des pays ennemis sont surveillés et dans certains cas expulsés. Le 11 novembre 1915, le lieutenant commandant la Gendarmerie de Salon est informé qu'il doit retirer les permis de séjour des religieuses autro-hongroises pouvant se trouver dans la ville mais aussi les expulser du territoire national grâce à un « sauf-conduit avec itinéraire obligatoire pour frontière neutre de leur choix » .

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

les armes s'adaptent aussi

De près, la guerre s'adapte : le matériel doit pouvoir atteindre le fond de la tranchée ennemie, il faut des engins capables de tirer en courbe : on crée le mortier, crapouillot chez les français.
On ressort aussi du passé des armes de corps à corps et silencieuses : l'arbalète qui modernisée lance des grenades, la masse d'arme et le couteau de tranchée. Le casque d'acier Adrian modèle 1915, inspiré par la bourguignotte médiévale, réapparaît et coiffe le soldat, le protégeant le crâne des éclats.
Meurtrière, la mitrailleuse est l'arme défensive. D'abord peu fiable, la mitrailleuse française va se moderniser et devenir un outil efficace. Sa cadence de tirs peut balayer des sections entières. Dévastatrice, la grenade est l'arme offensive.
De nouvelles armes font leur apparition : le fusil-mitailleur Chauchat modèle 1915 et le tromblon lance-grenades VB qui s'adapte sur le fusil Lebel qui n'équipe que les combattants : « les ¾ de ma classe sont parties pour former une compagnie de place avec le fusil 74 donc se n'est pas pour le front, car on emploie que le fusil 86 » .

les gaz de combat

L'émission massive de gaz projetés par les allemands en Champagne, le 31 janvier 1917
d'après les souvenirs de Jean Brunon, février 1982.

En 1917, mon régiment, le 57e régiment d'artillerie de campagne, était en position depuis quelques mois en Champagne pouilleuse, région très boisée.
Le secteur dont nous nous occupions était situé face à un massif montagneux où se trouvaient les lignes allemandes. Le 31 janvier, se produisit un événement sans précédent, une forte attaque par gaz projetés dans les lignes françaises par des appareils.
Il se trouve que j'ai fait une description de ce terrible événement dès le lendemain, donnant beaucoup de détails à mes parents et prenant soin ensuite de confier ma lettre à un permissionnaire pour éviter à mon texte de passer par la censure et d'être immédiatement détruit.
Voici donc ce texte :

Hier, à 16 heures, alors que le secteur était très calme, les boches ont fait une assez sérieuse attaque par les gaz ; en l'espace de deux à trois minutes tout le secteur, sur une grande étendue, a pris feu : les klaxons et les sirènes ont retenti, les mitrailleuses ont claqué et le tir de barrage formidable, s'est déclenché. Tout le monde, le masque pendu au cou, commençait à faire son devoir sans affolement, admirablement, le calme ne s'est pas départi une minute durant les trois heures qu'a duré l'attaque.
Au central, on était trois aux appareils, le reste bouchait toutes les issues et aspergeait tout avec un pulvérisateur ; que de communications !
Il a fallut se remplacer toutes les demi-heures, sans cela on n'aurait pu résister. De 4 heures 12 à 7 heures passées, deux vagues sont passées, quelle saisissante chose que cette vapeur jaune haute de dix mètres, avançant sournoisement et répandant partout sa mortelle buée ! Quelle école de sang-froid et d'abnégation que cette guerre, quels épouvantables procédés. Ah, les maudits ! Les maudits ! Nous avons tous juré d'en tuer de notre main, les plus pacifiques à la vue de telles choses juraient même d'en torturer. Et il y a des gens qui osent parler de paix avec cette race-là !!
Par exemple, nous avons acquis une grande confiance en nos cagoules, qu'il faut d'ailleurs changer au bout de trois heures d'émission de gaz, aussi en avons nous deux. Mais comme c'est pénible à supporter tout de même, au bout de deux heures et demie nous n'en pouvions plus véritablement et étions incapables de faire un mouvement. Dans le central le gaz est resté dans le bas car nous faisions un feu d'enfer ; enfin on a pu retirer les cagoules, quelles têtes on avait ! Tuméfiés, méconnaissables. Comme on était heureux de se retrouver à l'air, un air encore vicié mais respirable et alors sans danger. On a mangé vite sur le pouce et on s'est préparé à une nouvelle attaque dont nous avions l'appréhension. Nous avons veillé toute la nuit par moitié.
Comme dans ces moments-là l'on se rapproche les uns des autres, les rancunes cessent, tout est oublié ; il n'y a plus de grade, le colonel cause familièrement au simple soldat, lui arrange telle partie du masque qui ne colle pas bien, comme il m'a fait à moi, vous réconforte de quelques mots, c'est le vrai officier et soldat français plein de sang-froid, de décisions et de confiance dans le danger. Enfin, ce sont là des minutes qui ne peuvent s'oublier. Tous les animaux, chiens, chats, chevaux non protégés sont morts, les sapins eux-mêmes sont roussis et tout ce qui est acier est exposé aux gaz a rouillé, et il y a pire : c'est terrible ! Si jamais je joins un boche je lui ferai sentir l'acier de mon Pradère ou le choc de ma balle. Si c'est un prisonnier crevant de faim je lui interdirai de boire dans une flaque d'eau sale ou de ramasser un vieux bout de pain. Pas de pitié ! On devient féroce et non à la façon d'un foudre de guerre, ah non.

Je dois compléter ce récit par quelques mots : nous avions à notre gauche, en première ligne, une division russe, qui, venant d'Odessa, avait débarqué à Marseille peu de temps avant. Nous avions appris leur présence en en rencontrant quelques-uns, surtout des officiers, au village de Mourmelon où se trouvait une coopérative mixte à quelques kilomètres à l'arrière. Le principal produit qu'achetait ces hommes était l'eau de Cologne pour remplacer la vodka !
Mais revenons à notre récit : les éléments russes en ligne n'avaient pas de masques contre les gaz et nous eûmes la chance que les boches n'attaquent pas avec leur infanterie à la suite du passage des gaz ; mais rien ne bougea. S'il en avait été autrement, notre front était percé et les conséquences eussent été très graves si des renforts français n'avaient pas été en action assez vite pour arrêter l'ennemi.
Un détail à ne pas omettre : si des animaux se trouvant à l'extérieur moururent, tous els rats en réchappèrent.

les hôpitaux

Au début de la guerre, lorsqu'un soldat est blessé, l'évacuation rapide, pour l'arrière du front, est privilégiée. Mais l'inorganisation des service de santé, durant les premiers mois du conflit, entraîne de graves retards de soin.
Pour le poilu de l'Ain blessé, le séjour à l'hôpital est plutôt bien vécu, du moins écrit comme tel : « ici beaucoup de travail, malades dociles soignés au son du canon, vie agréable, soirées charmantes, c'est parfait » . La nourriture et les rapports humains sont un des évidents avantages de l'hôpital par rapport au front : « nous avons eut des pommes de terre fricasser, il y avait longtemps que je n'an avait mangé puis jeambon et veau a la sauce. Comme dessert galette au sucre et café » , « j'ai maudit le sort de m'avoir forcé à rentrer à l'infirmerie un samedi, pourtant ici on est très bien, j'y ai dormi comme un loir et ce matin nous avons eu le café au lit, à midi nous avons mangé de la soupe bien entendu, une purée de pois cassés et du filet de bœuf un peu dur » . Mais, une fois rétablie, ceux qui remonte au front le font sans sourciller.

l'hygiène au combat

Le poilu ne reçoit de l'administration de la Guerre qu'une serviette de toile et une ration de 12 grammes de savon par jour, perçu pour 15 jours. Le reste des accessoires pratiques à l'hygiène : rasoir, blaireau, brosse à dent sont d'achat individuel. La toilette, si rare soit elle, est un moment où l'on peut prendre soin de soi et retrouver un peu de dignité et dans certains cas d'entre aide, renforçant l'esprit de groupe et de camaraderie existant. En effet, les uns rasent les autres et tous se retrouvent dans des douches provisoires montées de toutes pièces dans les lignes arrières.
La prolifération des poux de corps, totos, est un fléau : promiscuité, insalubrité ambiante, crasse, macération des corps dans des effets portés longtemps rendent nécessaire des séances d'épouillage. Les vêtements quand à eux sont régulièrement lavés et bouillis par les soldats ou des professionnelles .

des poilus du Front Oublié : le 176e RI en orient

par Jérôme Croyet,
docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

Créé en 1915, avec des soldats venant des dépôts de Rouen, Pau et Montpellier, le 176e RI est caserné à Salon-de-Provence. Il est affecté à la 156e division d'infanterie de mars 1915 à novembre 1918. Le régiment débarque à Sedd-Ul-Bahr le 15 mai 1915. Il combat à la ferme Zimmerman du 30 juin au 12 juillet 1915. Il rembarque à Salonique le 30 septembre 1915. Il est sur le front de Grèce de janvier à mars 1916 puis sur le front d'Orient. A Cugunci en juillet, Lyumnica en août, Verria, Komano, Iokari en septembre, au lac de Prespa de fin 1916 à août 1917. Il combat en Albanie à Progradec et au lac Ochrida en novembre 1917. Il est de retour à Prespa de janvier à août 1918 pour passer en Serbie, au nord de Monastir en septembre 1918. En 1919, le régiment combat les bolchéviques.
En 1917-1918, les 3e, 4e et 6e escouades du 176e RI sont composées de 10 à 14 fantassins tous armés du fusil Lebel. Tous ont des outils pelle-bêche, pioche, serpe, hache ou cisaille. Leur moyenne d'âge est de 25 ans, le plus jeune étant de la classe 1917 et le plus âgé de la classe 1904. Les trois sections ont un âge moyen régulier : 25 pour la 6e, 26 pour la 3e et 25 pour la 4e. De même dans la section de servants du canon de 37 mm, composée de 8 fantassins armés à 75% de pistolets automatiques et à 37% de fusils Lebel, la moyenne d'âge est de 25 ans. Seule la 12e section, composée de 7 fantassins expérimentés (leur moyenne d'âge est de 27 ans) a un fusil mitrailleur en dotation, porté par le chef d'escouade. Si les agriculteurs sont les plus représentés et à nombre presque égal par section, puisqu'ils comptent comme 44% de l'effectif des 3e, 4e et 6e escouades, les artisans des métiers de la bouche (bouchers, boulangers et meuniers), 21,5%, et les artisans des petits métiers manuels urbains (mouleur, ciseleur, armurier, coiffeur) ne sont pas absents puisqu'ils représentent 17% de l'effectif de ces trois escouades. Les trois cinquième des postes de caporaux de ces trois escouades sont tenus par des artisans.
En 1919, la 15e escouade est formée de deux mitrailleuses. Elle compte 17 hommes originaires de toute la France et non plus d'une région ou d'un département comme en début de guerre. Ainsi on retrouve des hommes de Bourg, Falaise, Saint-Omer, Le Havre, Orléans, Nîmes, Quimper, Carcassonne, Nice, Tours, Narbonne, Le Puy, Ajaccio, Mende ou Pau. Il n'existe pas plusieurs militaires originaires de la même région, sauf deux de Bourg-en-Bresse. Les trois sections de l'escouade ont huit mulets à raison de trois pour les deux pièces et deux pour la troisième section. Les mulets de la première pièce sont La Rouge, Forthomme et Finos. Les mulets de la 2e pièce sont Alphonse, Joséphine et Fanie. Les mulets de la section T.C. sont Santé Misseau et Papillon. Tout les hommes de la 2e section, commandée par Maire, natif de Coligny, sont habillés d'une capote de drap bleu horizon, d'une veste, d'un pantalon avec ses bandes molletières et coiffé d'un bonnet de police. Chaque homme a deux chemises, deux caleçons, une ceinture en flanelle, deux cravates, une paire de chaussettes et une paire de brodequins. Tous ont un ceinturon, un havresac, trois cartouchières, un fusil Lebel avec 56 cartouches. Seul le chef de pièce à des cartouches en plus, jusqu'à 88 alors qu'un seul possède un pistolet automatique, avec 15 cartouches, en dotation. Quatre des six fusils ont un lance-grenades dit tromblon VB. Ils ont tous un bidon, deux musettes, un masque à gaz, une toile de tente et un casque. Seul le chef de pièce a une boîte de graisse et une trousse. La moyenne d'âge de la 1ère section est de 22 ans bien que les conscrits de la classe 1915 soient les plus nombreux. L'âge moyen des poilus de la 2e section est de 23 ans et demi alors que les conscrits de la classe 1916 sont les plus nombreux. Le plus âgé de l'escouade est un conscrit de 1911 et le plus jeune est de la classe 1919, laissant à penser que les bleuets sont de préférences placés dans ce type d'escouade que dans les sections de fantassins. Chacune de ses deux sections a été recomplété à 50% en incorporant des jeunes conscrits, en effet, avant sa réorganisation l'âge moyen de la 2e section était de 24 ans.

photographes des tranchées

Pour les photographes amateurs, qui délivrent la réalité de leur quotidien loin des grandes mises en scènes des services photographiques de l'armée, le choix des photos sont à leur appréciation contrairement aux photographes de guerre mandatés par le Ministère de la Guerre.
Pratique d'officiers, comme Franck, Ségaud, Ochs et Forgeot, mais aussi de soldats comme Dubois, Gorgelain, Tournier, Guyon, les frères Brunon ou Rude, tous montrent qu'ils sont toujours en vie. A ce prix, le photographe devient un personnage des tranchées autour duquel se tisse un réseau et des pratiques d'autant plus que la photo est distribuée sur le champ aux frères d'armes dès sa sortie de la chambre noire construite dans la tranchée.
Toutefois l'intérêt des images démontrent les intérêts des poilus photographes mais aussi leur niveau culturel. En Argonne, si Franck s'intéresse à ses infirmiers et aux troupes, il n'y a en revanche aucune photographie de blessés, de cadavres ou d'actes médicaux… Il fixe les moments de détente et le cadre de vie plutôt que le conflit continuant d'agir en ethnologue amateur comme lors de son séjour documenté en Afrique. Forgeot photographie pour le compte de la Société d'Emulation. Il prend plus de soin dans le choix de ses clichés et semble prendre le temps de les fixer sur le verre. Natif de la Haute-Marne, il cherche à témoigner des blessures de sa région et du mode de vie des hommes et des bêtes dans la guerre. Dubois n'intellectualise pas sa démarche. Ses photos sont brutes, naïves et attachées à la mémorialisation des hommes dans l'événement : il prend son quotidien et ses frères d'armes et ne dédaigne pas à montrer sa réalité crue et parfois macabre. Raoul Brunon immortalise la gloire et les hommes tandis que son frère Jean cherche à témoigner de sa présence, des combats et des moyens mis à disposition des poilus : uniformes et équipements.

les permissions

Un des liens matériel véritable avec l'arrière est la permission. Moment attendu , plus que son autorisation, c'est absence de permission qui est mal vécu . La permission est toujours attendue avec bonheur même si souvent ce moment de vie paisible n'est pas aussi idyllique que le soldat l'aurait espéré. De retour provisoirement chez lui, le permissionnaire n'en n'oublient pas moins les camarades encore au front et leur écrivent pour donner leur des nouvelles et pour leur remonter le moral, tel Colombet à son camarade Moret, resté au front, du 333e RI fin mai 1916. Chez lui le soldat se remet à un cycle de vie de non crise et lorsqu'il repart pour l'armée se raccroche à ce prochain moment de répit : « C'est tout de même dure de se remettre a cette triste vie militaire en pensant aux beaux jours passés a Amérieu…il ne faut pas s'en faire et reprendre cette vie de martyr » .

les prisonniers de guerre de l'Ain

Leur nombre est estimé à 2 850, le 26 novembre 1923 par le président de la fédération départementale des anciens prisonniers de guerre de l'Ain. Pour leur venir en aide, dans leurs stallags, différents collectifs caritatifs sont créés et mis en place pour secourir les plus indigents. Jusqu'au 4 décembre 1915, les prisonniers de guerre de l'Ain étaient aidés par l'Agence des Prisonniers de Guerre d'Annecy. Ce 4 décembre 1915, « le comité départemental de secours aux prisonniers de guerre de l'Ain…a décidé d'agir désormais par lui-même » . Pour être financé, le comité départemental fait appel à des souscripteurs qui dès le 27 décembre suivant font affluer les dons. Ainsi, 1187 prisonniers de guerre de l'Ain sont secourus en 1915, 1456 prisonniers de guerre de l'Ain sont secourus en 1916, 1879 prisonniers de guerre de l'Ain sont secourus en 1917 et 1127 prisonniers de guerre de l'Ain sont secourus en 1918. En 1915, l'œuvre du petit paquet du soldat de Jeanne d'Arc secours 298 prisonniers de guerre de l'Ain nécessiteux et 157 autres prisonniers de l'Ain. En décembre 1914, le comité d'Oyonnax secours 61 prisonniers indigents sur 97 prisonniers. En Allemagne, les prisonniers de guerre français n'ont pas le droit de faire de photos, leur correspondance est étroitement surveillée et ils disposent de moyens propres à rendre toutes évasions presque insurmontables .

criminalité et mutineries

Comme dans toute société, si petite soit-elle, l'armée n'est pas vierge de criminalité. La police à l'armée est confiée à la gendarmerie aux armées, la prévôté que les poilus connaissent sous le nom de pandore.

Des traces de démotivation
Le 17 mai 1915, le commandant de la section de Gendarmerie de Salon-de-Provence rapporte que des soldats de la Fare « écriraient des lettres propres à semer l'inquiétude et le découragementdans la population » . Pour éviter que, ce que le commandant de la section de Salon appelle de la démoralisation, pourrait se répendre parmi la population, et sans doute aussi celle de sa circonsription, il propose de censurer les lettres venant ou partant de la Fare. Le commandant de la Gendarmerie de Salon veut il ainsi protéger les esprits de ses administrés ou sait-il que des soldats salonais vivent mal l'affaire du XVe corps mais aussi la cassure provoquée par l'éloignement et l'enterrement dans les tranchées ?

Les militaires criminels dans l'Ain
De 1914 à 1923, 159 poilus de l'Ain vont être jugés pour différents crimes, allant du vol, à l'ivresse, par l'outrage, les faux et la désertion voir la capitulation avec l'ennemi. Sur 44 de ces 159 poilus jugés dont on connaît l'arme, 35 servent dans l'infanterie. Sur ces 159 poilus jugés, 16 sont des récidivistes. L'âge moyen de ces criminels est de 27 ans et 9 mois. Le plus jeune a 18 ans, le plus vieux 49. L'âge le plus criminogène est 22 et 34 ans avec chacun 13 jugés. L'année la plus criminelle est 1917 avec 25 jugés, suivie de 1918 avec 22 et 1915 avec 20. Le crime le plus jugé est la désertion à l'intérieur, jugé 117 fois d'octobre 1914 à janvier 1923. Le plus grand nombre de désertions à l'intérieur a lieu en octobre 1917 (7), puis décembre 1918 (6) et mars 1916, juin 1917 et juin 1918 (5 chacun). Le second crime le plus jugé est la désertion en présence de l'ennemi avec 29 cas. Le plus grand nombre de désertions en présence de l'ennemi a lieu en juillet 1917 (8) puis en avril 1917 (4). Le troisième crime le plus jugé est l'outrage, notamment en octobre 1918 et février 1917.

l'exemple de ce sont les mutineries de 1917
En effet, le 23e RI et le 133e RI n'échappent pas aux mutineries de 1917. Plus qu'un ras de bol de la guerre flagrant, une vague d'insubordination envers des officiers jugés trop planqués voir nuls mêlée à des motivations politiques de certains activistes, mettent les poilus en émois : « Le 1er juin, vers 13 heures, dans le camp de Ville-en-Tardenois, des vociférations éclataient subitement vers les baraquements du 23e régiment d'infanterie…Bientôt le mouvement s'étendait au 133e, au camp nord, puis à Chambrecy. Les manifestants réclamaient le repos qui, soi-disant, leur était dû, se refusant absolument à remonter aux tranchées, disant qu'on les avait assez bernés et qu'ils n'avaient plus aucune confiance en la parole des généraux. Cependant ils assuraient que si le repos de 45 jours promis leur était donné, ils ne se refuseraient plus ultérieurement à relever les camarades. Le mouvement gagnant peu à peu d'intensité jusqu'à quinze heures sur place, à ce moment une colonne de manifestants portant le drapeau rouge et chantant l'Internationale tentait de gagner Ville-en-Tardenois… l'on remarquât des gens particulièrement ivres… Surtout, de la guerre, ils en avaient « marre, marre, marre », ils n'en voulaient plus, et réclamaient la paix à tout prix… Dans la dernière offensive, la 41e D.I. fut plus éprouvée que d'autres, et, bien qu'ayant obtenu une succès apprécié, fut maintenue cinq semaines en secteur, alors que les divisions voisines, étaient retirées plus vite du feu, et jouissaient d'un plus long repos… Les plus excités étaient les récupérés âgés venus des embuscades de l'Intérieur, et surtout les jeunes gens de la classe 17 » .
Même si les mutineries sont logiquement matées, l'esprit reste présent chez certains : « ou est elle la justice que nos gouvernants proclament tous les jours peut-être bien qu'elle credite pour une catégories de gens de la société : en effet la haute en est privilegiée, enfin la 2e catégorie, la classe du cultivateur, de l'ouvrier, celui qui avant la guerre travaillait honnêtement pour gagner sa vie, mais qui portait préjudice a leur siete orgueilleuse parce que on est moins instruit qu'eux de nous considère comme étant des être d'une intelligence inferieure et nous comme les bêtes » , ce qui entraîne une vague d'insubordination en août et décembre 1917 chez les poilus de l'Ain mais surtout un état d'esprit « je m en voudrait de prendre part aux courses et au jeux je ne ferait le guignol des officiers » .

Les motivations politiques n'ont pas de place dans le choix de déserter ni plus que la profession n'y exerce une influence. En effet, le milieu ouvrier et artisanal n'est pas le plus représentés parmi les déserteurs qui sont essentiellement des agriculteurs. Toute les classes sociales sont sujettes à la désertion en proportion de leur nombre sous les drapeaux. Le crime et la désertion, n'est pas le fruit d'un enjeu politique mais un réel échappatoire humain à une situation personnelle devenue insoutenable.

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945